BBD Retail #2 : Aider l’homme dans les entrepôts – l’innovation en cobotique

Tous les mardis matin, NUMA invite les acteurs du Retail à discuter des nouveaux enjeux et innovations du secteur. L’objectif : décrypter les évolutions, les tendances et les challenges d’une industrie et pousser startups et corporates à collaborer pour y répondre.

Pour cette seconde édition, nous proposions une plongée dans le monde de l’entrepôt avec :

Olivier Rochet CEO et co-fondateur de Scallog, solution d’automatisation des plateformes de distribution ; Christophe Chauvin chef de projet R&D du pôle de compétitivité [email protected] ; Nicolas Chapu, Digital Solution Manager chez Hardis Group, créateur de la solution d’inventaire Eyesee ; Benoit Binet de Nexans, leader dans l’industrie du câble ; et le modérateur Pierre-Olivier Gandon, consultant Supply Chain chez Roland Berger.

A l’image d’Amazon qui veut désormais livrer dans l’heure, les entrepôts subissent les nouvelles demandes des clients et doivent être plus compétitifs. Comment faire pour que cette évolution ne détériore pas les conditions de travail ? La cobotique peut-elle transformer le travail des opérateurs pour qu’ils se concentrent sur des tâches à plus forte valeur ajoutée ?

La cobotique pour les entrepôts

La cobotique n’est pas une faute de frappe. Contraction des mots « robotique » et « coopération », ce néologisme répond à l’opposition traditionnellement faite entre humains et robots. Il désigne des technologies au croisement des sciences cognitives, de la biomécanique et de la robotique.

La « robotique collaborative centrée utilisateur » est pertinente dans tous les champs très automatisés ou l’homme n’a que peu de valeur ajoutée. Elle est déjà une réalité dans les industries de l’aéronautique, de l’agroalimentaire ou de la construction navale et investit maintenant les entrepôts.

Les questions du stockage et de la condition physique des employés sont, en effet, cruciales dans les entrepôts. D’après nos invités, il y a trois éléments à prendre en compte pour le recours à la cobotique :

  1. Le type de tâches : pour Olivier Rochet, automatiser permet d’abord de lisser les flux. Amazon, par exemple, a des pics d’activités de 2-3 jours à Noël. L’embauche d’employés sur des périodes aussi courtes nécessite des dépenses en temps de formation et fait courir un risque sur les produits à forte valeur ajoutée. En intervenant sur des tâches à faible valeur ajoutée, la cobotique renforce la flexibilité et la réactivité des entrepôts.
  2. Le type de produits : contrairement aux idées reçues, il y a peu d’intérêt à automatiser les produits sur lesquels il y a beaucoup de rotation (en moyenne 20% des références en entrepôt). La productivité chute lorsqu’on va chercher des références rarement commandées et donc peu accessibles dans l’entrepôt. Il est dès lors important de bien définir les besoins et les produits à traiter.
  3. La sécurité : pour Benoit Binet, la question de la sécurité est plus importante que la notion de coût. Il y a énormément de TMS (troubles musculo-squelettiques) chez les opérateurs et c’est bien ce levier qui, avant toute chose, permettrait à Nexans de trouver un intérêt dans la cobotique. L’activité de chargement/déchargement est, par exemple, extrêmement compliquée dans le secteur des câbles.

Quelles solutions apporte la cobotique ?

L’une des caractéristiques du Retail est la faible standardisation des produits. La chaine d’approvisionnement ne peut pas être entièrement automatisée comme dans le vrac ou la pharmaceutique. Il y a ainsi un grand écart entre les entrepôts palettisés, automatisés depuis longtemps, et les autres entrepôts où le travail des opérateurs a peu évolué.

Plutôt que de pousser à la standardisation des produits et de l’étiquetage, Benoit Binet promeut la méthode Lean. Pour répondre au besoin de flexibilité et s’adapter aux changements, il est primordial d’avancer avec une approche incrémentale, de tester des solutions à moindres coûts et d’additionner des technologies par briques. La solution à un problème donné peut ainsi permettre d’impacter d’autres secteurs.

Les retours d’expériences d’Hardis Group et de Scallog nous projettent dans les entrepôts de demain :

  1. Eyesee : La solution développée par Hardis Group est un système de drones capables d’interagir avec les opérateurs et de scanner des codes barres en se déplaçant jusqu’à 20km/h (un drone peut couvrir jusqu’à 7000 m2).
  2. Scallog : La solution développée par Olivier Rochet est une flotte de robots capables de déplacer des étagères de stockage vers des stations de picking ou de réapprovisionnement. Cette solution permet d’automatiser à faible coût (les robots travaillent dans des zones fermées et n’ont pas besoin d’intégrer des technologies de sécurité) et de s’adapter au changement puisque le stock de robots et d’étagères est modulable.

La réussite de l’implémentation de ces solutions dépend à la fois de la flexibilité du système et de la prise en main par les opérateurs.

Les prestataires qui ont recours à ces solutions ne peuvent pas se permettre d’investir sur 10-15 ans parce qu’ils ont des contrats de 2-3 ans avec leurs clients. Le système doit donc être modulable pour pouvoir s’adapter à des variations des zones de travail ou des mixs produits. Il est tout aussi important que les prestataires comprennent l’ensemble des paramètres liés à l’outil. Il arrive trop souvent que la philosophie d’un système se perde avec le départ de l’équipe projet qui a œuvré à sa mise en place.

Pour répondre à ces problématiques, Scallog a décidé de ne pas intervenir dans la mise en place de son outil tandis que Hardis Group tente de simplifier les manipulations de l’opérateur. Tous conviennent que plus que former les opérateurs à l’usage, il faut les intégrer dès la phase conception de ces outils.

La cobotique & l’emploi – accompagner le changement

Évident, l’enjeu social est le même que pour d’autres révolutions industrielles. Les entrepôts vont employer moins de personnes en direct. Ces innovations doivent donc permettre de faire monter en compétences les opérateurs.

Pour Nicolas Chapu, il est essentiel d’impliquer les futurs utilisateurs dès le départ pour qu’ils se sentent impliqués dans le changement, qu’ils comprennent l’intérêt de l’outil et qu’ils se l’approprient. Selon Christophe Chauvin, l’innovation doit être créateur de formations plus que destructeurs d’emplois. Le cœur de l’innovation est la simplification des interfaces entre l’homme et son environnement technique. A l’image du tracteur, la cobotique annonce le passage d’un univers technologique complexe réservé à des techniciens à un univers plus ouvert, accessible aux opérateurs.

Au bout de cette grosse heure de discussion se dessine les contours de l’entrepôt de demain, fusion des tendances observées par nos invités et de leur vision prospective :

L’entrepôt de demain sera encore plus étendu et au cœur de l’expérience omni-canal. Lieu physique, ancré dans le territoire et numérique, qui anticipera la disponibilité des stocks et les durées de livraisons, il sera interconnecté avec le client, capable de traiter différents types de flux (interopérabilité). Il intégrera des technologies modulables et simples à utiliser et sera plus sûr pour les opérateurs.

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