BBD Retail #3 : Comment optimiser la chaine d’approvisionnement ?

Tous les mardis matin, NUMA invite les acteurs du Retail à discuter des nouveaux enjeux et innovations du secteur. L’objectif : décrypter les évolutions, les tendances et les challenges d’une industrie et pousser startups et corporates à collaborer pour y répondre.

Pour ce 3ème rendez-vous, modéré par Pierre-Olivier Gandon, consultant chez Roland Berger, nous accueillions trois invités autour de la question : comment optimiser la supply chain ? Corentin Smith, co-fondateur de Truckfly, plateforme de mise en relation entre entreprises en besoin de transports et chauffeurs roulant à vide ; Luc de Murard, directeur général de So E-Business, plateforme logistique e-commerce pour la distribution omnicanal et Arnaud Cassonet, consultant métier chez Vekia, développeur de solutions supply chain s’appuyant sur le machine learning.

La supply chain : une intégration progressive

La supply chain est un processus, l’histoire d’une intégration progressive des activités comprises entre la production et la consommation d’un produit.

Les industriels ont commencé à s’intéresser à la livraison lorsqu’ils se sont rendus compte que la réduction de leurs coûts de production ne se répercutait pas nécessairement sur leur marge à la vente en magasin. L’ouverture des frontières européennes a renforcé l’importance des coûts logistiques et poussé les fabricants à maitriser l’ensemble des coûts de la conception jusqu’à la distribution.

Ce processus d’intégration progressive est cependant loin d’être terminé. Pour introduire cette table-ronde, Corentin Smith témoigne de nombreux problèmes d’adéquation entre les SI des différents acteurs de la chaine tandis qu’Arnaud Cassonet constate simplement l’absence de direction supply chain chez de nombreuses enseignes. En quoi les nouvelles technologies peuvent-elles favoriser cette intégration ? Comment la supply chain peut-elle s’adapter au e-commerce et aux nouvelles exigences des consommateurs ?

Du distributeur au consommateur final : l’impact du e-commerce

« Le e-commerce est mort, vive le commerce ». Le président d’E-Bay expliquait ainsi en 2011 que le e-commerce ne concurrence ni ne révolutionne le commerce traditionnel mais s’intègre à ce dernier en ajoutant un nouveau maillon à la supply chain.

Depuis 2000 et l’arrivée du e-commerce, on ne cherche plus à intégrer le distributeur mais le consommateur final. Les fabricants qui se plaignaient de la rétention d’information de la part des distributeurs peuvent enfin aller au bout de la chaine et mieux connaître leur client. Mais ils doivent, en contrepartie, s’adapter à de nouvelles contraintes.

Le e-commerce, en plus d’être un nouveau canal de vente, différent des canaux traditionnels, a bouleversé les modes de consommation.

Les consommateurs veulent être livrés au plus vite, peu importe leur emplacement, mais aussi être informés en temps réel et pouvoir interagir sur leurs livraisons. Les magasins physiques servent de plus en plus de points de collecte avec un double enjeu d’une meilleure disponibilité et qualité des stocks. Si la rupture de stocks était déjà « considérée comme un crime » dans la distribution, il ne s’agissait en réalité que de mévente et d’un déficit d’image alors qu’en e-commerce, la rupture de stock se traduit par un CA négatif.

Quelles solutions pour optimiser la supply chain ?

Face à ces nouveaux défis, tout le monde semble se tourner vers le modèle d’Amazon qui s’appuie, entre autre, sur :

  • Une culture d’innovation qui assume la vente à perte sur des nouveaux produits
  • Le drop-shipping qui consiste à ne conserver dans ses entrepôts que les produits avec un fort turn-over et de déléguer aux vendeurs affiliés la gestion des produits de longue traine
  • L’internalisation de l’ensemble de la chaine de valeur
  • L’exploitation des données clients et produits
  • Le partage des postes de coûts logistiques

A partir de ce modèle et en s’y détachant un peu, plusieurs tendances peuvent être dégagées pour les autres acteurs de la supply chain qui ne bénéficient pas de la position dominante et de la puissance de frappe d’Amazon :

    1. Changer de méthode de planification des flux : le DDMRP (ou Demand Driven Material Requirement Planning) est le nouveau maitre mot des consultants. Il désigne une méthode de planification des flux qui répond sans à coup aux variations de la demande. Vekia s’inscrit dans cette dynamique et développe des solutions de gestion prévisionnelle des approvisionnements. Les produits de Vekia s’appuient sur le Machine Learning pour modéliser des événements rares à différents niveaux de la supply chain : conditionnement, approvisionnement, capacité de traitement entrepôt(s), capacité magasin (traitement et remplissage).
    2. Optimiser l’existant & partager les coûts : Truckfly s’est rendu compte que les gros commissionnaires, très visibles, ne font pas les transports en propre mais détiennent l’information. L’objectif de Truckfly est de redonner de l’importance aux petits transporteurs qui peuvent aller voir directement les clients et augmenter ainsi leurs marges. Pour Luc de Murard qui observe les innovations dans ce secteur depuis longtemps : l’innovation n’est souvent pas dans le service qui est apporté (les grands groupes proposent de plus en plus de services) mais dans l’utilisation de ressources physiques existantes. Une démarche qui prend deux formes : le partage des coûts entre industriels d’une part et la diffusion d’outils des grands comptes à des petites entreprises d’autre part.
    3. Respecter la promesse client : la qualité du service et le respect de la promesse faite au client peut suffire à répondre aux nouvelles exigences des consommateurs. BUT a développé une solution permettant de mieux mesurer des promesses ratées (ratios prévisions / ventes). Leur priorité est le respect de la promesse client. Ils gardent ainsi beaucoup de stocks qui coutent chers mais diminuent la rupture.
    4. Expérimenter et être à l’affut des tendances : robots préparateurs de commandes, drones, véhicules sans chauffeur, personnalisation de l’expérience client… Pour Luc de Murard, toutes ces tendances, issues de groupes comme Amazon ou de startups, doivent être testées par les acteurs de la supply chain même si peu d’’entre elles finiront par s’imposer.

Le futur de la supply chain : un choix politique ?

Emmanuel Macron indiquait sur France Inter en 2014 : « internet ne ferme pas le dimanche » soulignant ainsi l’écart qui existerait entre le commerce physique et online. Pourtant, à l’exception d’Amazon, le e-commerce ne livre pas encore le dimanche. Et si certains entrepôts commencent à ouvrir en espérant que les transporteurs suivent, il est encore possible d’interroger ce choix.

La supply chain est un mouvement d’intégration continue. Les dispositifs continueront à évoluer sous l’impulsion des modes de consommation et des nouvelles technologies avec une tension entre deux tendances : une qui vise à baisser les coûts et accélérer les livraisons et l’autre qui mise sur la qualité du service et de l’information consommateur.

Doit-on donner la main au consommateur ? A quel niveau le consommateur lui-même acceptera t-il la détérioration des conditions de travail des opérateurs ? Le futur de la supply chain est surement au croisement de ces deux tendances et à la capacité qu’auront les acteurs à les réunir et à trouver des compromis.

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