Futur des médias sportifs [2/3] – journalisme & intelligence artificielle #méthode

E-sport, intelligence artificielle, réalité virtuelle… Quel sera le futur des médias sportifs ? Pour initier la réflexion, NUMA a organisé une journée exceptionnelle à l’occasion des 70 ans de l’Equipe. Pour la prolonger, NUMA soutient XPOT. Rendez-vous samedi 11/06 à la Gaité Lyrique pour la restitution de ce BarCamp.

A l’occasion des 70 ans de l’Equipe, NUMA a accompagné l’Equipe dans l’organisation d’une journée dédiée au futur des médias sportifs. L’objectif : présenter et tester les innovations à l’oeuvre dans le domaine des médias sportifs ou généralistes et réunir différents types d’acteurs pour initier une réflexion globale :

A quel niveau un média comme l’Equipe doit-il être attentif et intégrer de nouveaux types de contenus (e-sport) ? de nouvelles méthodes (intelligence artificielle) ? et de nouveaux supports (réalité virtuelle) ?

C’est par un cycle de tables rondes et de keynotes, suivi d’une démonstration de casques de réalité virtuelle et d’un mini BarCamp que nous avons tenté de couvrir ces enjeux et de faire émerger des applications concrètes pour les start-ups, journalistes, reporters et lecteurs présents ce samedi sous la grande verrière du quotidien, à Boulogne-Billancourt.

#méthodes – Journalisme et intelligence artificielle

L’intelligence artificielle reste une notion ésotérique et parfois inquiétante pour le grand public. Le fantasme d’un remplacement des humains par des machines est partagé par certains journalistes qui s’inquiètent de l’émergence du robot-journalisme.

Des milliers d’articles ont déjà été écrits et publiés grâce à des programmes d’écriture automatique. Des logiciels comme Quakebot, Wordsmith, Data2Content ou Stats Monkey sont utilisés par des grandes rédactions telles l’Associated Press ou Le Monde pour convertir des données brutes en une information rédigée, directement accessible au lecteur. Le live-tweet d’un tremblement de terre, le récit d’un match de baseball ou le rapport d’activité de grands groupes sont autant de contenus qui peuvent aujourd’hui être générés directement par des machines.

La table ronde, modéré par Eric Scherer, directeur de la prospective de France Télévisions, avait pour but de contextualiser l’émergence de ces nouvelles méthodes, d’informer mais aussi de sortir de l’imaginaire souvent associé à ce domaine.

Internet a profondément transformé le journalisme. Le choix, le traitement et la diffusion de l’information sont bouleversés par les réseaux sociaux et l’utilisation des supports tablette ou mobile. L’accès à l’information s’effectue aujourd’hui en temps réel et sans médiation. La sélection du contenu personnalisée selon les goûts et les choix des internautes a, en partie, remplacé l’information unilatérale des médias traditionnels.

Afin de répondre aux nouveaux usages et besoins de leurs lecteurs, les journalistes doivent travailler avec des outils adaptés. Pour Claude de Loupy, CEO de la société Syllabs, spécialisée dans l’analyse sémantique et la rédaction automatique de contenus, cette journée était l’occasion d’évangéliser le public et de prôner un système collaboratif où lecteurs, journalistes et médias ont tout à gagner d’une utilisation intelligente des machines. Quatre tendances se dégagent :

1. La production de contenu apparait comme une nouvelle étape inéluctable dans le processus de numérisation de l’information. La multiplication des capteurs numérique et la puissance de calcul des machines ont créé un monde où la production de données dépasse notre capacité à les traiter. Les groupes de presse souhaitent utiliser ces logiciels pour décupler le nombre d’articles produit par mois.

2. Une différenciation des contenus est ainsi annoncée. Aux machines, la charge des comptes-rendus factuels, des dépêches instantanées et autres travaux répétitifs, aux journalistes celle des articles à forte valeur ajoutée, de la subjectivité et de l’analyse de paramètres psychologiques.

3. Les journalistes seront amenés à s’appuyer sur l’intelligence artificielle pour rédiger leurs articles. Les logiciels faciliteront la collecte et le tri de données réduisant le temps de recherche des journalistes.

4. Ces logiciels pourraient aussi permettre de personnaliser le contenu. Si la majorité des contenus auxquels on accède sur Internet sont déjà triés via les algorithmes de Google, Facebook ou Twitter, la prochaine étape est peut être l’adaptation du contenu même au profil du lecteur.

Les machines seraient donc amenées à faire le sale boulot des journalistes : constitution et gestion des bases de données, rédaction et traduction d’articles, brèves… Leurs algorithmes viendraient alimenter un travail de longue traine et libérer les journalistes des tâches les plus répétitives.

L’idée défendue lors de cette table ronde est que l’IA ne va pas remplacer mais redéfinir le travail de journaliste.

1. L’étape la plus urgente semble être la réintroduction de l’éthique journalistique dans ce nouveau monde de l’information. Les réseaux sociaux sont devenus le point de contact principal entre les médias en ligne et leur audience or le fonctionnement et les algorithmes des géants américains restent opaques. Il appartient aux journalistes de comprendre et de faire comprendre ces éléments qui impactent l’accès à l’information et bientôt la façon dont les informations seront rédigées. Les journalistes devront fournir à leurs lecteurs des clés de compréhension et questionner la façon dont sont conçus ces algorithmes.

2. Pour atteindre ces objectifs, la formation et le profil des journalistes sont amenés à évoluer. Les liens entre professionnels du numérique et de l’information vont se renforcer. L’acquisition d’une culture statistique semble également nécessaire pour comprendre les enjeux sociaux, éthiques et culturels des façons de calculer, de chiffrer et de classer l’information.

3. De cette transformation de la fonction devrait naitre une évolution du métier. Le journalisme de demain ne sera peut être plus centré sur la création de contenus mais sur la création de services d’information. Le journalisme ne doit pas être soumis aux nouveaux usages mais les prendre en compte et les questionner pour inventer de nouvelles offres. Ces nouveaux services pourraient, à terme, recréer une intermédiation de l’information et mettre en avant les contenus mis de côté par les algorithmes des réseaux sociaux et des moteurs de recherche.

NUMA soutient XPOT

La Virtual Association, en collaboration avec Aurélien Fache, organise sur Paris l’événement XPOT – expériences of tomorrow le 11 juin. L’événement aura lieu à la Gaîté Lyrique lors du festival futur en Seine.

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