[Innovation Games] Le business model dépassé du Comité International Olympique

Le numérique ayant grandement impacté les business models traditionnels, qu’en est-il du Comité International Olympique ?

CASH MACHINE DEPUIS LA FIN DES ANNÉES 80, L’ORGANISATION REPOSE SUR UN MODÈLE UNIQUE QUI POURRAIT ÊTRE LARGEMENT ÉPROUVÉ DANS LES ANNÉES À VENIR.

 

Sur la période de Sotchi 2014 – Rio 2016, ses revenus sont approximativement de 6 milliards de dollars :

  1. les droits de retransmission (4.5 milliards de dollars dont la moitié pour le seul groupe américain NBC !).
  2. le sponsoring (1 milliard de billets verts dans la mallette avec ses 12 partenaires globaux – Coca-Cola, McDonald, Toyota, Samsung…).
  3. la billetterie et les produits dérivés pour quelques dollars de plus (½ milliard).

Le CIO exploite une rente – la marque olympique – avec un principe directeur : l’exclusivité. Ainsi, le sponsor global achète l’exclusivité de l’exploitation de la marque aux 5 anneaux sur sa catégorie. De même, une chaîne acquiert l’exclusivité des droits de retransmission pendant la période des Jeux sur son territoire.

 

A L’ÈRE DU SELFIE DE MASSE ET DE LA GOPRO, COMMENT GARANTIR CETTE EXCLUSIVITÉ AUX CHAÎNES ?

 

Depuis Pékin 2008, le CIO travaille, via une société britannique, à l’identification et la suppression de toutes productions audiovisuelles publiées par un tiers non autorisé.

Sur le plan de la marque, le CIO a créé des règles ubuesques. Bien entendu, seuls les sponsors peuvent exploiter les symboles de la marque olympique en étant toutefois tenus au suivi de règles et process très rigides. Les athlètes, les journalistes et les spectateurs sont également tenus de respecter des principes pour le moins surprenants. On retiendra l’interdiction du GIF aux journalistes sur cette olympiade 2016. Pour en savoir plus : L’Equipe, Le Monde ou encore Numerama.

 

AUJOURD’HUI, LES CHAINES SONT FRIANDES DU CONTENU GÉNÉRÉ PAR LE PUBLIC POUR ENRICHIR LEUR DISPOSITIF.

 

Sur le plan du sponsoring, le cadre est tellement contraignant que les marques partenaires s’interrogent sur la pertinence de ce type de partenariat. En effet, leurs concurrents, ne disposant pas des droits d’exploitation, trouvent par des biais détournés des moyens de s’associer à l’événement et en retirent un meilleur retour sur investissement. Nous avons eu l’occasion d’aborder ce point avec Coca-Cola lors de notre table ronde sur les pratiques marketing autour de l’Euro 2016 (CR ici).

Enfin, il est inquiétant pour le CIO de voir le peu d’enthousiasme populaire qui accompagne l’accueil des Jeux tel que très bien énoncé dans cet article du Guardian. Certainement conscient de cette tendance, ayant la volonté de s’ouvrir aux pays en développement et à des villes intermédiaires, le CIO a déjà réduit le coût du droit de candidature pour une ville, passé de 650k à 250k dollars, et augmenté sa contribution financière à l’organisation des Jeux. Tokyo 2020 devrait ainsi recevoir un milliard de dollars et la ville organisatrice des Jeux 2024, 1.5 milliard.

Pour ces raisons, le CIO est probablement à l’aune d’un prochain pivot. Et ce ne sera pas le premier. C’est en effet dans la seconde moitié des 80’s, sous l’impulsion de son président, Juan Antonio Samaranch, que l’institution du Château de Vidy a construit son modèle actuel en intégrant la logique des droits de retransmission et de sponsoring.

 

POUR SA RECONVERSION, LE CIO A QUELQUES ATOUTS ET PISTES.

 

Il peut compter sur un écosystème fort de 204 Comités Nationaux Olympiques et leurs délégations et d’une myriade de fédérations internationales de sport à qui le CIO reverse 90% de ses revenus.

Le CIO décline aussi son produit star avec l’organisation depuis 2010 des Jeux Olympiques de la Jeunesse, qui lui permettent de faire vivre son image auprès des champions de demain et de tester de nouvelles disciplines. En outre, au sortir des Jeux, va sortir une chaîne olympique online et à la demande avec un double objectif : faire vivre la marque 365 jours par an, et, créer de nouveaux marchés pour les fédérations de sport en intéressant de nouveaux publics aux disciplines olympiques.

Le CIO est en somme une entreprise comme les autres, bousculée par le digital, il doit s’interroger sur son évolution. Nonobstant, la bonne nouvelle c’est que le curling sera bientôt accessible sur vos mobiles. Merci qui ?

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