#MediaExplore – Retour sur le Meetup #3 : Les pratiques des rédactions

Le 04 février dernier, l’AFP et NUMA réunissaient une trentaine de journalistes issus d’une dizaine de rédactions (web, print, radio, TV, agence), à l’occasion d’un workshop de deux heures organisé dans le cadre du programme #MediaExplore.

Le 04 février dernier, l’AFP et NUMA réunissaient une trentaine de journalistes issus d’une dizaine de rédactions (web, print, radio, TV, agence), à l’occasion d’un workshop de deux heures organisé dans le cadre du programme #MediaExplore*.

L’objectif de cette rencontre était de mieux comprendre les pratiques développées au sein des rédactions et les problèmes récurrents rencontrés par les journalistes au quotidien. Un travail qui a pour ambition d’alimenter une réflexion sur la création de nouveaux outils et services à destination des rédactions. Quelles sont les pratiques actuelles au sein des rédactions ? Quelles sont les stratégies développées en interne ? Quels sont les besoins, les difficultés rencontrées ?

À l’occasion de cette soirée, les participants ont été invités à travailler autour de 3 cas pratiques, correspondant à trois temporalités de l’information :

  • Atelier 1 – Breaking News : la couverture live d’événements imprévisibles
  • Atelier 2 – Rendez-vous réguliers : le feuilletonnage sur des événements qui s’inscrivent dans l’actualité
  • Atelier 3 – Nouvelles écritures: les projets de nouvelles formes de narration (webdoc, applications, data-journalisme…) dans le cadre d’événements prévus à l’avance.

 

Atelier #1

“Breaking News”

Participants :

  • L’Express
  • Libération.fr
  • LeMonde.fr
  • AFP
  • BFM
  • I>Télé

Contexte :

Au sein de cet atelier, l’objectif était de travailler sur le contexte de la couverture en live d’événements imprévisibles. Les participants ont travaillé à partir du cas pratique de la couverture de l’attaque de Charlie Hebdo.

Bien que l’événement de Charlie Hebdo soit exceptionnel, l’atelier a montré que les observations peuvent s’appliquer à d’autres événements qui impliquent une focalisation de l’ensemble d’une rédaction sur un événement majeur imprévu.

Enjeux identifiés :

1. La vérification comme processus continu (du faux au vérifié en passant par l’incertain) :

  • Quelques médias ont indiqué s’être interrogés sur les infos de l’AFP lors de cette crise et ont souhaité pouvoir disposer d’une ligne directe avec l’AFP pour
  • Évaluer avec eux le degré de certitude/fiabilité des infos circulant autour de cette crise.
  • Etre informé du travail en cours et son délai de livraison afin d’économiser des ressources qu’ils étaient en train de déployer sur le même sujet (on livrera un papier avec tel angle à tel moment)

2. L’impact du C to B :

  • De gros enjeux autour de la gestion des réseaux sociaux – pour le moment assez amateur avec une personne désignée d’office à la veille des RS.
  • Pas de service qualification, curation offerte par l’AFP
  • Usage de plus en plus fort des contenus RS, mais gros problème de gestion des droits des contenus RS
  • Dans le C to B on intègre aussi les journalistes qui sont sur le terrain en dehors de leur temps de travail

3. La communication et la collaboration au sein des rédactions :

  • La collaboration dans les rédactions se fait de manière artisanale: usage du Chat, usage d’un Google doc pour centraliser les sources du live, beaucoup de mailing et de “voix”
  • Il n’existe pas aujourd’hui d’outils efficaces pour ouvrir des espaces de travail cross-rédaction

4. Curation et live :

  • Complexité de gestion des sources multiples
  • Quelle interaction entre outils de curation et couverture live ?

5. Outils de couverture du live :

  • Dans le C to B on intègre aussi les journalistes qui sont sur le terrain en dehors de leur temps de travail
  • Complexité d’y intégrer des sources multiples. Comment aller plus vite ?
  • Le Monde utilise Cover it Live, L’Express des outils internes, Libération un article mis à jour régulièrement.
  • Double événement (prise d’otage à Dammartin et à Vincennes): L’Express a ouvert deux Lives, Libération a fait deux articles, Le Monde a intercalé les deux événements dans le même fil de Live. Le problème a été de réunir les deux fils de live à la fin.

6. Technique :

  • Hébergement des serveurs (ex. Risques de plantage face à une charge imprévue), réseau (le dimanche sur la manif)…

7. Diversité des publics :

  • Comment permettre d’approfondir et de rattraper les étapes perdues ? Outils de contexte, timeline, récap pour servir des publics différents

8. Relation print & web :

Difficulté de lier print et web à cause des rythmes différents

9. Élément annexe au métier de journaliste :

  • Vies privées des équipes pour réaliser le planning (appeler la famille, prévenir, etc.)
    L’organisation physique des équipes qui ne facilite pas le dialogue ex les RS de l’AFP sont dans un autre bâtiment
  • Organisation par canal (BFM TV vs BFM web, L’express.fr vs L’express le mag, etc.) ne facilite pas le dialogue entre les rédactions
  • Sécurité des équipes, pour l’AFP à l’étranger, mais aussi à Reims dans la nuit avec les équipes du RAID – exceptionnel, car il n’y avait pas de distance de sécurité

Atelier #2

“Rendez-vous réguliers”

Participants :

  • Slate
  • Rue89
  • BFMTV
  • Les Echos
  • I>Télé
  • AFP

Contexte :

Dans ce second atelier, il s’agissait de sortir du caractère exceptionnel des scénarios proposés dans l’atelier 1 et 3. L’ambition ici est justement de se rapprocher du quotidien des rédactions.

Pour ce faire, les participants ont été invités à travailler sur des cas pratiques, sujets d’actualité sur lesquels les rédactions sont amenées à “feuilletonner” pendant plusieurs semaines ou mois (par exemple : Ebola, l’Ukraine ou des événements qui reviennent souvent à l’image de l’annonce des résultats d’Apple ou de la courbe du chômage…).

3 grands défis ressortent de cet atelier :

  1. Diversifier et valider des sources productrices de contenus ou d’actualités
  2. Récupérer du contenu (articles, photos, vidéos, données…) pour faire vivre une information dans le temps (interne : archivage et externe : autres médias, lecteurs, réseaux sociaux)
  3. Développer les ressources pour inventer de nouveaux formats

6 grands enjeux identifiés :

  1. Nourrir l’intérêt des lecteurs :
  2. Varier les angles et les traitements :
  3. Varier les supports :
  4. Contextualiser l’information
  5. Détecter les informations importantes
  6. Satisfaire un large public

Synthèse des enjeux :

1. Nourrir l’intérêt des lecteurs :

  • Les rédactions sont parfois confrontées à un problème de renouvellement des images. Par exemple, sur les évènements en Ukraine, la couverture était importante, les images nombreuses et de qualité, mais après plusieurs mois cette qualité et cette profusion ont largement diminué. À la banalisation et la lassitude s’ajoute une baisse des moyens alloués à la couverture du sujet et donc une baisse de qualité de la matière fournie au public.
  • Au fil des mois, d’autres actualités deviennent plus importantes, ce qui occasionne une réaffectation des moyens de couverture vers celles-ci au détriment d’actualités plus anciennes. Des rédactions n’ont plus suffisamment de ressources pour traiter l’ensemble de l’actualité et donc avoir une prise directe sur les sujets récurrents (ex. : envoyer un journaliste sur le terrain pour couvrir les évènements).

 

2. Varier les angles et les traitements :

  • Dans les rédactions plus modestes, un même journaliste suit un sujet d’actualité à long terme. Par conséquent, ces dernières éprouvent des difficultés à trouver un regard neuf sur le sujet.
  • Pour renouveler les angles, certains font appel à des ressources extérieures (pigistes, experts, journalistes), mais cela entraîne des coûts importants.
  • Un autre moyen de varier les angles est de se tourner vers des sources plus amateurs. Se pose alors le souci de trouver et de valider ces sources (crédibilité, pertinence, adéquation à la ligne éditoriale…)

3. Varier les supports :

  • Les rédactions n’ont pas le temps, les process et les ressources nécessaires pour innover dans les formats de présentation de l’information.
  • Par conséquent, certaines rédactions s’appuient sur des formats existants où les process et les ressources nécessaires sont connus.
  • La problématique est donc ici de savoir comment limiter les investissements nécessaires à la production de nouveaux formats (nourrir une banque d’outils, de templates de nouveaux formats)

4. Contextualiser l’information :

  • Après de longs mois sur une même actualité, il faut régulièrement en faire des résumés et rappels des évènements passés pour développer une véritable pédagogie autour de l’information. Trois difficultés majeures sont éprouvées lors de recherche de contenus antécédents :
  • Beaucoup de productions sont simplement jetées. En cause : les standards d’encodage utilisés, l’espace de stockage disponible et les process de conservation des productions.
  • La récupération des archives pertinentes est parfois une activité complexe. Est aussi invoquée la qualité d’indexation des contenus produits ainsi que la qualité des outils permettant d’aller “piocher” dans ces archives.
  • Chaque média n’a accès qu’à sa base d’archives.

5. Détecter les informations importantes :

  • De nombreuses informations ne sont pas traitées par les rédactions, notamment parce qu’elles n’arrivent pas à les détecter ou à les valider.
  • Un des points évoqués concerne les informations publiées sur les réseaux sociaux. Comment identifier les sources pertinentes ? Comment filtrer le flux d’information ? Comment valider les sources et les informations ?
  • Certaines informations ne sont pas traitées, car elles sont considérées comme non importantes au moment où elles surviennent. Cependant, certaines s’avèrent parfois importantes par la suite.

6. Satisfaire un large public :

  • Il est assez difficile de satisfaire un large public en conservant une ligne éditoriale claire. Certains contenus attirent par nature un coeur de cible spécifique au média. Se pose alors le dilemme entre la mission d’information et satisfaire son public (ex : traiter de l’actualité éco sur France inter)
  • Sur une même actualité, certains médias multiplient les angles et les productions (divertissement, experts, storytelling…)
  • L’AFP a mentionné son process qui consiste à découper ses papiers (ex. : sujets éco.) : un spécialiste produit un contenu riche avec des analyses pointues auquel il associe une synthèse plus digeste. Différentes versions du papier sont envoyées vers les flux d’informations correspondants.
  • Sur certains sujets, comme les sujets technos, l’intérêt évolue au fil du temps, se pose alors la question du niveau d’expertise attendu selon la temporalité de l’information.

Atelier #3

“Nouvelles écritures”

Participants :

  • WeDoData
  • Les Échos
  • Journalism++
  • Arte.tv
  • I>Télé
  • Racontr
  • AFP

Contexte :

Enfin, au sein de ce troisième atelier, il s’agissait de comprendre les processus mis en place par les médias dans le cadre de projets de nouvelles formes de narration (webdoc, applications, data-journalisme…).

Par équipe de deux, les participants ont donc été invités à réaliser une “Value Stream Mapping” de leur projet, en détaillant les actions concrètes réalisées, les ressources utilisées et enfin les défis qui se sont posés à eux.

Synthèse des enjeux transverses exprimés par les participants :

1. Implication de la rédaction dans les projets de nouvelles écritures :

Notamment lors des phases de :

  • la collecte et la production des informations
  • la création et la mise à jour de bases de données

Quels outils /process pour faciliter les collaborations ?

2. Collecte des données :

  • Identification des ressources à valeur ajoutée en interne (exploitation des archives) et en externe (identification des sources)
  • Exploiter et “réconcilier” les jeux de données provenant de différentes sources.

3. Réexploitation :

Comment capitaliser sur les investissements déjà réalisés lors de précédents projets ? Notamment :

  • Les bases de données déjà constituées (ex. programme des candidats à la présidentielle)
  • Les développements précédemment réalisés pour d’autres projets (enjeux de Github média)
  • Les archives (enjeux d’indexation des contenus)

Par ailleurs, comment garantir la pérennité des dispositifs développés ?

4. Exploitation des contenus et droits d’auteurs :

Notamment lors de :

  • L’exploitation de contenu “historique” (la recherche des droits d’auteur sur des archives anciennes compromet certains projets)
  • Lors de la couverture d’événements sur lesquels le média ne dispose pas des droits de couverture (ex. Coupe du Monde). Certains médias ont développé des stratégies de contournement “pirates”, par exemple en reprenant des contenus Vine postés par des internautes sur les réseaux sociaux.

5. La réexploitation d’un contenu dans plusieurs contextes :

  • Enjeux bi-média : comment composer avec les temporalités de la télévision et du web, par exemple, dans lesquels les contextes de consommation de l’info sont très différents
  • Enjeux de bi-nationalité : proposer un contenu diffusé sur deux pays.

6. Enjeux techniques :

  • Adaptation au mobile
  • Compatibilité des navigateurs
  • (…)

* À propos : Le laboratoire ouvert de l’innovation média est un programme de 6 mois co-construit par NUMA et l’AFP où journalistes, rédactions, startups, PME etc. sont invités à prototyper et expérimenter de nouveaux services et outils adaptées aux besoins et aux nouveaux usages au sein des rédactions comme au-delà du périmètre des médias traditionnels.

Plus d’informations sur le programme sur :

https://paris.numa.co/Explore-media

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