Energy Breakfast – Smart Home, fournisseurs d’énergie et services connectés

L’Energy Breakfast du vendredi 3 février, co-organisé par NUMA et JeChange, premier service dédié à la réduction des factures courantes auprès des particuliers et des professionnels, a été consacré en particulier au développement de la Smart Home et à la place des fournisseurs d'énergie face aux nouveaux services connectés.

Quelle est la place des services connectés dans l’énergie? Les clients sont-ils prêts à adopter ces nouveaux modes de consommation d’énergie ? Comment les fournisseurs se positionnent-ils face à la recrudescence de nouveaux acteurs proposant des services connectés ? Entre fournisseurs d’énergie et services connectés, les alliances sont-elles inévitables ?

Pour aborder ces questions, NUMA et JeChange ont accueilli :

Sophie Audic, DG de Lampiris France, fournisseur d’électricité 100% verte et de gaz naturel.
Adrien Suire, CEO de Qivivo, startup qui a lancé un thermostat autonome.
Jérémie Jean, Fondateur de eGreen, startup qui propose un dispositif pour aider à réduire ses consommations d’électricité, de gaz et d’eau.
Jérôme Mosnier, Directeur des ventes Voltaware, plateforme de services qui permet aux consommateurs de réduire leur gaspillage d’énergie.

Une reconfiguration de la chaîne de valeur dans le marché de l’énergie

Les intervenants ouvrent l’échange en posant les grandes tendances de la transformation du secteur, en réponse auxquelles les fournisseurs d’énergie se préparent à proposer des solutions.

Electrification des usages

Même si nous souhaitons faire des économies d’énergie, une augmentation de la consommation d’électricité de plus de 30% est prévue dans les 20 prochaines années, liée à l’électrification massive des nouveaux modes de consommation, en particulier la voiture électrique.

“Smart home” et compteurs communicants et digitaux

La maison va devenir de plus en plus connectée et apporter un bouleversement fort qui va permettre de piloter la consommation. Les compteurs tels que Linky vont nous permettre de mieux comprendre la courbe de charge et la consommation des clients mais aussi de sensibiliser et d’impliquer le consommateur sur sa consommation d’énergie. On ne sera plus sur une approche liée à la facture mais sur une intelligence qui va permettre d’adapter les comportements et faciliter l’équilibrage entre la production et la consommation. Grâce au compteur communiquant l’économie d’énergie sera envisagée de manière globale, à travers l’efficacité énergétique des bâtiments mais aussi à travers le comportement éco-responsable des occupants.

Autoconsommation et énergie communautaire

Le marché de l’électricité va changer pour offrir une place relativement nouvelle au “particulier”. L’idée de l’énergie communautaire c’est d’envisager que l’école du quartier puisse vendre à ses voisins l’électricité produite grâce à ses panneaux solaires, voisins qui pourront payer l’installation des panneaux solaires en échange de l’énergie qui ne sera pas utilisée durant les weekends ou les vacances scolaires. Cette nouvelle manière de produire et de consommer sera rendue possible grâce aux plateformes de gestion de l’énergie.

Autonomie énergétique

La question centrale qui sous-tend ces nouveaux modes de consommation et de production, c’est la question de l’usage. Comment la production et la consommation arrivent-t-elles à s’équilibrer ? Le consommateur ne résoudra pas cette question tout seul à partir des informations qu’il visualise. La collecte des données et l’analyse des usages se fera grâce à l’intelligence artificielle qui permettra de piloter la consommation au mieux et au meilleur moment, et surtout de manière autonome.

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Des freins législatifs à la création d’une infrastructure propre à l’énergie

Selon Jérôme Mosnier, le secteur de l’énergie devra créer sa propre infrastructure, sous la forme d’un EnerNet (internet de l’énergie) pour pouvoir répondre aux mutations à venir et aller de paire avec l’augmentation du nombre de capteurs dans les maisons et sur le réseau.

Toutefois, en France, la CNIL rend difficile la mise en place d’un réseau de ce type, notamment du fait de la problématique de la protection des données. Nous sommes encore loin de voir émerger un réseau d’automatisation et de contrôle à distance de qualité.

Sophie Audic le rappelle aussi, le principal frein est la question de l’accès aux données de consommation des clients. Il faudrait au moins 12 mois de données de consommation pour pouvoir effectuer une analyse pertinente des comportements de consommation mais les fournisseurs n’y ont pour le moment pas accès.

La place des services connectés dans la consommation d’énergie au niveau résidentiel

Deux principaux problèmes sont identifiés par Sophie Audic :

Méconnaissance du marché par les français

L’énergie n’est pas un sujet de préoccupation pour la plupart des français, principalement du fait du prix mais aussi de l’histoire du marché de l’électricité en France. 1 français sur 2 ne sait d’ailleurs pas qu’il peut changer de fournisseur d’énergie. Il y a un besoin réel de pédagogie. Ainsi, sur 31 millions de compteurs électriques en France, uniquement 2 millions sont passés à la concurrence depuis l’ouverture du marché. En ce qui concerne le gaz (10 millions de compteurs), 20%, soit 2 millions, sont passés à la concurrence, dont 70% chez Engie. C’est donc un marché énorme qui s’ouvre aux nouveaux acteurs fournisseurs d’énergie.

Nécessité d’investissement financier initial

Aujourd’hui il y a un frein financier à l’acquisition des objets connectés : le coût fixe que représente l’investissement initial reste trop élevé pour des personnes non “averties”. En moyenne, équiper sa maison avec un thermostat connecté revient à 200€, et il faudra ensuite un certain temps pour pouvoir rentabiliser cet investissement initial à travers la réduction de ses dépenses d’énergie.
Trouver le bon canal de distribution pour les smart devices

Adrien Suire confirme que les particuliers ne sont pas encore prêts à investir. Toutefois dans les logements sociaux, quand ce n’est pas le locataire mais le bailleur qui paie, cela change complètement la donne. La compréhension et la sensibilisation du bailleur est importante pour investir dans ce type de thermostats. Les résultats des expérimentations effectuées en comparant des bâtiments similaires équipés pour les uns de thermostats classiques et pour les autres de thermostats Qivivo ont été très positifs. A Nantes et à Angers, Qivivo a permis une économie de 31% sur la facture d’énergie en 6 mois. Ce qui a été crucial dans ces expérimentations a donc été la sensibilisation du bailleur.

Jérôme Mosnier constate qu’aujourd’hui la Smart Home en direct vers le consommateur fonctionne peu, alors que par le biais des mairies en Angleterre, et des bailleurs en France et aux Etats-Unis, cela fonctionne davantage. La meilleure voie de distribution des smart devices serait donc les bailleurs, mais aussi les utilities ou les assurances plutôt que les consommateurs en direct.

Un enjeu d’engagement de l’utilisateur final

Depuis 3 ans, on observe une prise de conscience de l’importance de la sensibilisation des occupants : sans changement des comportements il sera difficile d’atteindre les objectifs d’efficacité énergétique. Avec une approche « tout automatisé », beaucoup d’habitants se sentent dé-responsabilisés et ont envie de reprendre la main.

La courbe de charge de Linky peut être une vraie force pour mieux comprendre ses propres consommations, mais elle ne remplacera pas une approche comportementale. En effet, pour que le consommateur final utilise une application il faut de l’engagement et une véritable approche utilisateur. Il doit toujours y avoir quelqu’un en amont de l’utilisation d’un smart device qui devra se charger de la sensibilisation de l’utilisateur ou du locataire pour le pousser à faire attention à sa consommation. En France, on estime que le marché de la Smart Home sera près dans deux à trois ans.

En moyenne, les français passeraient 7 minutes par an sur leurs factures d’énergie, alors qu’un français sur trois se connecte tous les jours à Facebook et que 70% se déclarent joueurs de jeux vidéos. Ainsi, la position d’eGreen est de dire qu’il est plus pertinent pour atteindre et sensibiliser le consommateur d’utiliser ces médias sociaux et d’approcher la réduction de la consommation par des aspects ludiques : la gamification sera probablement une des clés de l’efficacité énergétique.

Fournisseurs d’énergie / nouveaux acteurs proposant des services connectés : quelles collaborations ?

Du côté des fournisseurs d’énergie, Sophie Audic évoque à nouveau le frein financier de la population résidentielle à travailler avec des services connectés. L’alliance fonctionne mieux pour les solutions applicatives, et en B to B.

Pour Adrien Suire, la question de la réglementation et de la maturité du marché est primordiale. En France, travailler avec des fournisseurs d’énergie n’est pas un axe de développement pour Qivivo, mais la situation est différente aux Etats-Unis et en Angleterre. British Gaz a, par exemple, vendu en 2015-2016 plus de 200 000 thermostats connectés à ses clients.

En France les fournisseurs d’énergie traditionnels ne sont pas, à ce stade, les meilleurs acteurs pour s’adresser à la clientèle finale. Toutefois, comme le souligne Jérôme Mosnier, les fournisseurs “alternatifs” comme Lampiris ou Engie sont intéressés pour avoir une offre plus innovante.

Jérémie Jean évoque l’arrivée de Linky et surtout du fameux Green Button qui permettra à chaque consommateur de donner accès à sa courbe de charge à des services tiers permettant d’avoir accès à l’offre de service associé sans avoir besoin de passer par un fournisseur, un artisan ou par son bailleur. En revanche, il ne faut pas oublier que la force de frappe des fournisseurs d’énergie est et restera considérable.

Tous nos articles sur la transformation du secteur de l’énergie !

Retrouvez ici les comptes-rendus de nos précédentes rencontres.

Et sur Twitter : #ReinventEnergy

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