Energy Breakfast – Smart Home, fournisseurs d’énergie et services connectés

L’Energy Breakfast du vendredi 3 février, co-organisé par NUMA et JeChange, premier service dédié à la réduction des factures courantes auprès des particuliers et des professionnels, a été consacré en particulier au développement de la Smart Home et à la place des fournisseurs d'énergie face aux nouveaux services connectés.

Quelle est la place des services connectés dans l’énergie? Les clients sont-ils prêts à adopter ces nouveaux modes de consommation d’énergie ? Comment les fournisseurs se positionnent-ils face à la recrudescence de nouveaux acteurs proposant des services connectés ? Entre fournisseurs d’énergie et services connectés, les alliances sont-elles inévitables ?

Pour aborder ces questions, NUMA et JeChange ont accueilli :

Sophie Audic, DG de Lampiris France, fournisseur d’électricité 100% verte et de gaz naturel.
Adrien Suire, CEO de Qivivo, startup qui a lancé un thermostat autonome.
Jérémie Jean, Fondateur de eGreen, startup qui propose un dispositif pour aider à réduire ses consommations d’électricité, de gaz et d’eau.
Jérôme Mosnier, Directeur des ventes Voltaware, plateforme de services qui permet aux consommateurs de réduire leur gaspillage d’énergie.

Une reconfiguration de la chaîne de valeur dans le marché de l’énergie

Les intervenants ouvrent l’échange en posant les grandes tendances de la transformation du secteur, en réponse auxquelles les fournisseurs d’énergie se préparent à proposer des solutions.

Electrification des usages

Même si nous souhaitons faire des économies d’énergie, une augmentation de la consommation d’électricité de plus de 30% est prévue dans les 20 prochaines années, liée à l’électrification massive des nouveaux modes de consommation, en particulier la voiture électrique.

“Smart home” et compteurs communicants et digitaux

La maison va devenir de plus en plus connectée et apporter un bouleversement fort qui va permettre de piloter la consommation. Les compteurs tels que Linky vont nous permettre de mieux comprendre la courbe de charge et la consommation des clients mais aussi de sensibiliser et d’impliquer le consommateur sur sa consommation d’énergie. On ne sera plus sur une approche liée à la facture mais sur une intelligence qui va permettre d’adapter les comportements et faciliter l’équilibrage entre la production et la consommation. Grâce au compteur communiquant l’économie d’énergie sera envisagée de manière globale, à travers l’efficacité énergétique des bâtiments mais aussi à travers le comportement éco-responsable des occupants.

Autoconsommation et énergie communautaire

Le marché de l’électricité va changer pour offrir une place relativement nouvelle au “particulier”. L’idée de l’énergie communautaire c’est d’envisager que l’école du quartier puisse vendre à ses voisins l’électricité produite grâce à ses panneaux solaires, voisins qui pourront payer l’installation des panneaux solaires en échange de l’énergie qui ne sera pas utilisée durant les weekends ou les vacances scolaires. Cette nouvelle manière de produire et de consommer sera rendue possible grâce aux plateformes de gestion de l’énergie.

Autonomie énergétique

La question centrale qui sous-tend ces nouveaux modes de consommation et de production, c’est la question de l’usage. Comment la production et la consommation arrivent-t-elles à s’équilibrer ? Le consommateur ne résoudra pas cette question tout seul à partir des informations qu’il visualise. La collecte des données et l’analyse des usages se fera grâce à l’intelligence artificielle qui permettra de piloter la consommation au mieux et au meilleur moment, et surtout de manière autonome.

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Des freins législatifs à la création d’une infrastructure propre à l’énergie

Selon Jérôme Mosnier, le secteur de l’énergie devra créer sa propre infrastructure, sous la forme d’un EnerNet (internet de l’énergie) pour pouvoir répondre aux mutations à venir et aller de paire avec l’augmentation du nombre de capteurs dans les maisons et sur le réseau.

Toutefois, en France, la CNIL rend difficile la mise en place d’un réseau de ce type, notamment du fait de la problématique de la protection des données. Nous sommes encore loin de voir émerger un réseau d’automatisation et de contrôle à distance de qualité.

Sophie Audic le rappelle aussi, le principal frein est la question de l’accès aux données de consommation des clients. Il faudrait au moins 12 mois de données de consommation pour pouvoir effectuer une analyse pertinente des comportements de consommation mais les fournisseurs n’y ont pour le moment pas accès.

La place des services connectés dans la consommation d’énergie au niveau résidentiel

Deux principaux problèmes sont identifiés par Sophie Audic :

Méconnaissance du marché par les français

L’énergie n’est pas un sujet de préoccupation pour la plupart des français, principalement du fait du prix mais aussi de l’histoire du marché de l’électricité en France. 1 français sur 2 ne sait d’ailleurs pas qu’il peut changer de fournisseur d’énergie. Il y a un besoin réel de pédagogie. Ainsi, sur 31 millions de compteurs électriques en France, uniquement 2 millions sont passés à la concurrence depuis l’ouverture du marché. En ce qui concerne le gaz (10 millions de compteurs), 20%, soit 2 millions, sont passés à la concurrence, dont 70% chez Engie. C’est donc un marché énorme qui s’ouvre aux nouveaux acteurs fournisseurs d’énergie.

Nécessité d’investissement financier initial

Aujourd’hui il y a un frein financier à l’acquisition des objets connectés : le coût fixe que représente l’investissement initial reste trop élevé pour des personnes non “averties”. En moyenne, équiper sa maison avec un thermostat connecté revient à 200€, et il faudra ensuite un certain temps pour pouvoir rentabiliser cet investissement initial à travers la réduction de ses dépenses d’énergie.
Trouver le bon canal de distribution pour les smart devices

Adrien Suire confirme que les particuliers ne sont pas encore prêts à investir. Toutefois dans les logements sociaux, quand ce n’est pas le locataire mais le bailleur qui paie, cela change complètement la donne. La compréhension et la sensibilisation du bailleur est importante pour investir dans ce type de thermostats. Les résultats des expérimentations effectuées en comparant des bâtiments similaires équipés pour les uns de thermostats classiques et pour les autres de thermostats Qivivo ont été très positifs. A Nantes et à Angers, Qivivo a permis une économie de 31% sur la facture d’énergie en 6 mois. Ce qui a été crucial dans ces expérimentations a donc été la sensibilisation du bailleur.

Jérôme Mosnier constate qu’aujourd’hui la Smart Home en direct vers le consommateur fonctionne peu, alors que par le biais des mairies en Angleterre, et des bailleurs en France et aux Etats-Unis, cela fonctionne davantage. La meilleure voie de distribution des smart devices serait donc les bailleurs, mais aussi les utilities ou les assurances plutôt que les consommateurs en direct.

Un enjeu d’engagement de l’utilisateur final

Depuis 3 ans, on observe une prise de conscience de l’importance de la sensibilisation des occupants : sans changement des comportements il sera difficile d’atteindre les objectifs d’efficacité énergétique. Avec une approche « tout automatisé », beaucoup d’habitants se sentent dé-responsabilisés et ont envie de reprendre la main.

La courbe de charge de Linky peut être une vraie force pour mieux comprendre ses propres consommations, mais elle ne remplacera pas une approche comportementale. En effet, pour que le consommateur final utilise une application il faut de l’engagement et une véritable approche utilisateur. Il doit toujours y avoir quelqu’un en amont de l’utilisation d’un smart device qui devra se charger de la sensibilisation de l’utilisateur ou du locataire pour le pousser à faire attention à sa consommation. En France, on estime que le marché de la Smart Home sera près dans deux à trois ans.

En moyenne, les français passeraient 7 minutes par an sur leurs factures d’énergie, alors qu’un français sur trois se connecte tous les jours à Facebook et que 70% se déclarent joueurs de jeux vidéos. Ainsi, la position d’eGreen est de dire qu’il est plus pertinent pour atteindre et sensibiliser le consommateur d’utiliser ces médias sociaux et d’approcher la réduction de la consommation par des aspects ludiques : la gamification sera probablement une des clés de l’efficacité énergétique.

Fournisseurs d’énergie / nouveaux acteurs proposant des services connectés : quelles collaborations ?

Du côté des fournisseurs d’énergie, Sophie Audic évoque à nouveau le frein financier de la population résidentielle à travailler avec des services connectés. L’alliance fonctionne mieux pour les solutions applicatives, et en B to B.

Pour Adrien Suire, la question de la réglementation et de la maturité du marché est primordiale. En France, travailler avec des fournisseurs d’énergie n’est pas un axe de développement pour Qivivo, mais la situation est différente aux Etats-Unis et en Angleterre. British Gaz a, par exemple, vendu en 2015-2016 plus de 200 000 thermostats connectés à ses clients.

En France les fournisseurs d’énergie traditionnels ne sont pas, à ce stade, les meilleurs acteurs pour s’adresser à la clientèle finale. Toutefois, comme le souligne Jérôme Mosnier, les fournisseurs “alternatifs” comme Lampiris ou Engie sont intéressés pour avoir une offre plus innovante.

Jérémie Jean évoque l’arrivée de Linky et surtout du fameux Green Button qui permettra à chaque consommateur de donner accès à sa courbe de charge à des services tiers permettant d’avoir accès à l’offre de service associé sans avoir besoin de passer par un fournisseur, un artisan ou par son bailleur. En revanche, il ne faut pas oublier que la force de frappe des fournisseurs d’énergie est et restera considérable.

Tous nos articles sur la transformation du secteur de l’énergie !

Retrouvez ici les comptes-rendus de nos précédentes rencontres.

Et sur Twitter : #ReinventEnergy

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Énergie City – L’énergie dans la ville : quelles évolutions ?

Pour cette deuxième table-ronde du cycle « Smart City » organisé par Renault Innovation Lab - Le Square et NUMA, nous avons choisi de nous intéresser à un sujet majeur pour la ville de demain : l’énergie.
Les nouvelles réglementations et les récentes innovations numériques ont profondément transformé le secteur de l’énergie, à tous les niveaux de la chaîne (production, stockage et distribution), et ont favorisé l’émergence de nouveaux acteurs et services.

 

Qui sont ces nouveaux acteurs et services énergétiques ? Comment vont-ils impacter le secteur et la façon dont nous produisons et consommons l’énergie en ville ?

Premiers éléments de réponses avec nos invités :
– Jérôme Perrin, Directeur Scientifique chez Renault
– Erwan Boumard, Directeur Général d’Energie Partagée
– Stéphane Labranche, Sociologue de l’Énergie et du Climat
– Mark Akehurst, Directeur de Programme Innovation, ENGIE

Fontes des glaces, réchauffement climatique, nouvelles maladies … Face aux défis climatiques, les villes, grandes consommatrices d’énergie, doivent agir pour accompagner la transition énergétique. Cette transition passera par des innovations techniques et une prise de conscience citoyenne.

A la clé, l’opportunité pour les villes d’atteindre l’autonomie énergétique car, comme l’introduit Stéphane Labranche, sociologue du climat « L’un des enjeux de la transition énergétique est de régler la vulnérabilité géopolitique : les pays ne veulent pas dépendre d’autres pays pour s’alimenter en énergie ».

Quels sont les défis ? Et surtout, comment les résoudre et accélérer la transition énergétique?

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Des défis énergétiques urbains à résoudre

Des problématiques de stockage de l’énergie

« Par rapport aux énergies renouvelables, nous avons la technique et les retours sur investissements… par contre, nous n’avons pas encore résolu le problème du stockage ! » explique Stéphane Labranche. Et en effet, le stockage intersaisonnier, c’est-à-dire le stockage d’énergie pendant des périodes critiques (qui peuvent durer quelques mois) est un problème qui n’est pas encore résolu…

Un certain manque d’intérêt pour les enjeux du secteur

Comme le souligne Mark Akehurst, Directeur de Programme Innovation, Marketing et Nouveaux Métiers chez ENGIE, aujourd’hui « les technologies sont une grande question, mais il faut aussi créer de nouveaux business models. Comment je comprends ce qui a de la valeur pour le client ? C’est très compliqué, car l’énergie n’intéresse pas encore grand monde… ».

Mais alors, quelles sont les solutions que nous avons aujourd’hui pour arriver à une certaine optimisation et efficacité énergétique ? Et pour intéresser les citoyens ?

Optimisation et efficacité énergétique : quelques solutions

Les smart grids, pour une gestion intelligente de l’énergie

Pour résoudre les problèmes d’harmonisation, d’équité ou d’approvisionnement, les smart grids, qui devraient se démocratiser d’ici 5 ans, apparaissent comme étant l’une des meilleures solutions que nous ayons actuellement. Cette nouvelle technologie, qui permet la gestion intelligente de l’énergie, s’installe progressivement mais reste difficile à s’approprier. Il s’agit par exemple de technologies informatiques, qui, associées à des dispositifs de stockage d’énergie permettent de lisser les pointes de production et de consommation. En bref, cela permet de réduire les coûts et d’accroître la sécurité du réseau. « Ce système, beaucoup plus souple que ce qui peut se faire actuellement, permet notamment à n’importe qui d’être acteur ou consommateur d’énergie en fonction de ses besoins » estime Jérôme Perrin, directeur scientifique chez Renault.

Les véhicules électriques, une solution de stockage

Ce dernier note également une nouvelle tendance : les véhicules électriques pourraient bien devenir une solution de stockage. Il est important de donner une seconde vie aux batteries de ces voitures, car elles ne sont pas mortes ! Actuellement, Renault fait des tests pour les utiliser dans des systèmes de stockage stationnaires. Ces technologies permettraient de créer un nouveau monde dans lequel nos modes de vie seront plus confortables.

Comment intéresser les citoyens aux problématiques énergétiques ?

Etant donné que les profils des citoyens et leur rapport à l’énergie sont très variés, il est essentiel de ne pas communiquer un seul et même message lissé pour tout le monde. En effet, personne ne se sentira concerné si c’est le cas.
Finalement, « il faut absolument aider les territoires et les citoyens à se réapproprier les enjeux de la transition énergétique. Notre but, avec Energie Partagée est de créer du lien social dans la durée, notamment pour sensibiliser les esprits au développement durables et aux problématiques de liées à l’énergie » lance Erwan Boumard, directeur général chez Energie Partagée. La transition énergétique dans la ville a besoin de tout le monde !

Revivez l’évènement en vidéo !

Pour aller plus loin, retrouvez également le Storify de l’événement.

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#ReinventEnergy : le secteur de l’énergie en transformation !

Entre nouvelles réglementations, énergies renouvelables, décentralisation de la production, digitalisation et habitudes de consommation qui évoluent, le secteur de l’énergie est en profonde mutation.
NUMA a lancé une série de rendez-vous matinaux pour échanger avec des experts autour des enjeux phares et des innovations dans le secteur de l'énergie. Retrouvez ici tous les comptes-rendus des rencontres.

Une transition énergétique nécessaire

Nous avons débuté notre cycle consacré à la transformation de l’énergie avec deux speakers qui nous ont rappelé l’urgence de la disruption et du changement de modèle dans le secteur :

  • Arash Aazami, entrepreneur dans le domaine de l’énergie et fondateur de “Kamangir Beyond Boundaries“.
  • Patrice Geoffron, Professeur de Sciences Economiques et Directeur du CGEMP (Centre de Géoplitique de l’Energie et des Matières Premières) à l’Université Paris-Dauphine.

énergie transformation innovation

 

L’économie collaborative au service de l’énergie verte

De simple consommateur d’énergie, le citoyen va pouvoir devenir investisseur dans les énergies renouvelables, autoconsommer sa propre production d’énergie, ou alors s’investir dans un SAV collaboratif ! Comment ça marche ?

Pour y répondre, nous avons invité deux fondateurs de startups aux business model innovants :

  • Julien Tchernia, CEO de ekWateur, un nouveau fournisseur d’énergie ouvert, transparent et connecté.
  • Alex Raguet, CEO de Lumo, une plateforme de financement participatif pour la transition énergétique

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Bientôt tous producteurs et vendeurs d’énergie propre ?

Pouvoir produire de l’électricité en tant que particulier et la revendre à son voisin ou à une coopérative, c’est possible ? La blockchain au service de la transition énergétique, ça vous intrigue ?

Pour aborder la question de la redistribution des rôles dans le secteur de l’énergie, nous avons convié deux intervenants, membres d’entreprises innovantes en ce domaine :

  • Emmanuel Soulias, Directeur Général de Enercoop
  • François Sonnet de la Fondation SolarCoin

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L’énergie, de l’industrie aux services ?

Le secteur de l’énergie voit parmi ses activités, traditionnellement industrielles, une forte croissance des services à destination des particuliers et aux entreprises, soutenus par la démocratisation des outils numériques. Nous avons choisi de faire se rencontrer deux visions de cette transformation : celle d’un grand groupe en pleine évolution et celle d’une startup qui n’a de cesse de se chercher et de pivoter.

Avec :

  • Jean-Bernard Sers, Directeur du développement Smart Grid, Smart City et IoT chez Bouygues Energies et Services
  • Yann Person, CEO de la startup EP

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BBD Energy #3 : Bientôt tous producteurs et vendeurs d’énergie propre ?

Les BBD Energy sont une série de petits-déjeuners consacrés à l’énergie pour échanger, en petit comité et avec des experts, autour des enjeux et des innovations du secteur. Le troisième événement abordait la redistribution des rôles dans le secteur de l'énergie.

Pour traiter cette question, nous avons convié deux intervenants, membres d’entreprises innovantes en ce domaine :

– Emmanuel Soulias, Directeur Général de Enercoop
– François Sonnet de la Fondation SolarCoin

Enercoop, un modèle alternatif aux géants de l’énergie

Enercoop est un fournisseur d’énergie uniquement renouvelable, constitué sous la forme d’une SCIC, une Société Coopérative d’Intérêt Collectif. Enercoop est un ensemble de 10 coopératives, rassemblant producteurs d’électricité verte identifiés et consommateurs, chacune indépendante dans son fonctionnement, le réseau partageant la marque, l’offre, et les valeurs du projet commun : mettre le citoyen au coeur de la transition énergétique, en permettant le lien le plus direct possible entre producteurs et consommateurs.

L’électricité est un marché dérégulé depuis 2007 mais toujours dominé par les acteurs traditionnels, anciens monopoles. Enercoop propose un modèle alternatif, plus local, à un tarif supérieur au réglementé d’environ 15% — représentant donc un engagement citoyen conscient de la part des souscripteurs. La majorité de l’électricité vendue par Enercoop est aujourd’hui d’origine hydroélectrique.

Après 10 ans d’existence, Enercoop a 40 000 clients, dont 90% de particuliers, avec un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros en 2016.
Le tarif réglementé augmentant, et celui d’Enercoop n’ayant jamais évolué depuis sa création, le différentiel se réduit, et la société prévoit 150 000 clients à horizon 2020. Cela resterait une part mineure du marché français mais représenterait pour Enercoop un changement d’échelle notable, nécessitant une transformation interne qu’Emmanuel Soulias a déjà engagée.

enercoop collaboratif numa

Placer le citoyen au coeur de la transition énergétique

La coopérative est détenue à 100% par ses sociétaires, et ne peut pas être rachetée. Sa gouvernance est participative. Il n’y a pas de rémunération d’actionnaires, et les profits sont réinvestis dans le projet, par la création de nouveaux services et de nouvelles coopératives.

Dans les projets à venir, Enercoop souhaite pouvoir intégrer une offre gaz, et début 2017 prolonger son offre de fourniture d’énergie par des services d’efficacité énergétique. La société travaille actuellement sur la relation client, par le biais de projets d’innovation développés en open source pour pouvoir mieux maîtriser les données et assurer la qualité de service.

L’énergie étant un secteur très centralisé et opaque, un acteur alternatif peut-il vraiment s’imposer sur le marché ?

Enercoop vise à la réappropriation citoyenne de l’énergie, avec l’ambition que ce modèle coopératif décentralisé prenne encore plus d’ampleur.
En France, la loi de transition énergétique a été adoptée en août 2015, mais malgré cette dynamique, l’électricité reste à 75% nucléaire. A ses yeux, la transition énergétique a été mal anticipée et c’est le citoyen qui va être mis à contribution (via sa facture ou ses impôts).
Face à cela, Enercoop souhaite porter les intérêts collectifs, et insiste sur l’allocation du profit : c’est de la “consomm’action”, le citoyen sait qui il rémunère, et qui est bénéficiaire de profit.

En France le modèle de coopératives est très peu développé dans le secteur de l’énergie par rapport à d’autres pays comme la Belgique ou l’Allemagne par exemple, il y a donc de vraies opportunités de croissance.

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SolarCoin : augmenter la rentabilité financière des installations solaires pour accélérer leur développement.

SolarCoin est une monnaie qui vise à rétribuer la production d’énergie photovoltaique, en fournissant 1 unité de SolarCoin à tout producteur de 1 MWh faisant partie du réseau et sachant garantir cette production.
Cela permet d’augmenter le retour sur investissement des installations photovoltaïques et vise ainsi à encourager le développement de la production solaire. Actuellement, il y a 7 millions de ces installations dans le monde (source : Agence internationale de l’énergie), ce qui n’est qu’une infime partie du potentiel, en faisant un marché à forte marge d’expansion.

Toute personne qui produit de l’énergie solaire peut enregistrer son installation. Les producteurs de MWh solaires reçoivent leurs Solarcoin sur leur portefeuille virtuel, et sont informés du nombre de SolarCoins dont ils disposent. Ce portefeuille fonctionne comme un compte en banque, avec 2% d’intérêts annuels. Les SolarCoins peuvent être convertis en francs suisses ou euros sur des plateformes dédiées.

Si SolarCoin est à présent focalisé sur l’énergie photovoltaïque, il pourrait envisager à terme une extension vers l’éolien ou l’énergie hydraulique. Solarcoin a également pour projet de livrer des kits solaires dans des pays en voie de développement, projet présenté à la COP22.

La technologie blockchain au service des énergies renouvelables

SolarCoin est une cryptomonnaie, fondée sur la technologie blockchain, qui a été développée avec ElectriCChain.
La blockchain est une base de données décentralisée, disponible sur chacun des points du réseau, qui collecte l’ensemble des informations de production énergétique (à chaque MWh un SolarCoin) et transactions financières. Les informations sont mises à disposition de l’ensemble des partis, et SolarCoin permet ainsi le suivi de la production sur un protocole commun entre tous les acteurs du réseau.

C’est le nombre de participants dans la monnaie SolarCoin qui est amené à lui donner de la valeur. Ainsi après un test de 600 installations dans 23 pays, l’objectif de SolarCoin est de parvenir à un 1 million d’installations recensées, ce qui nourrira la demande pour cette monnaie.
Le SolarCoin est désormais intégré sur des plateformes de financement de la production d’électricité verte telles que Lumo, qui est intervenu dans le BBD Energy #2. On pourrait imaginer que des services de maintenance soient bientôt facturés également en SolarCoins.

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Et pourquoi pas payer Enercoop en Solarcoin ?

Enercoop travaille en effet actuellement sur le sujet des monnaies alternatives. On voit l’émergence de nombreuses monnaies locales, par exemple, et la demande pour des transactions dans celles-ci est remarquée. Cela reste compliqué à mettre en place car il existe de nombreuses monnaies différentes. Mais, philosophiquement, cette approche correspond aux valeurs d’Enercoop, qui, depuis ses débuts, a intégré à la fois les besoins d’autoconsommation et de vente du surplus.
Enercoop travaille également de plus en plus sur l’autoconsommation collective, par exemple avec l’installation pour Biocoop et Chronopost de plateformes solaires avec revente au niveau local.

Ne manquez pas nos prochaines rencontres !

  • Le 15 décembre, Yann Person, CEO de la startup EP (énergie perspective) & Jean-Bernard Sers, Directeur du Développement Smart Grid Smart Cities & IOT de Bouygues Energies et Services viendront aborder le sujet de la transition de l’énergie de l’industrie aux services lors du BBD Energy #4 : L’énergie, industrie ou service ?

 

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BBD Energy #2 : L’économie collaborative au service de l’énergie verte

Les BBD Energy sont un cycle de petits-déjeuners pour échanger, en petit comité et avec des experts, autour des enjeux et innovations du secteur de l’énergie. Le deuxième événement était sur le thème de l’économie collaborative au service de l’énergie verte.

Pour y répondre, nous avons invité des fondateurs de startups aux business models novateurs :

  • Julien Tchernia, CEO de ekWateur, un nouveau fournisseur d’énergie ouvert, transparent et connecté
  • Alex Raguet, CEO de Lumo, une plateforme de financement participatif pour la transition énergétique

Comment baisser les coûts de l’énergie pour le consommateur ?

Cette question a été le point de départ de la startup ekWateur. En effet, il est traditionnellement difficile de jouer sur les prix de l’énergie, car il y a assez peu de marge de manoeuvre permettant à une jeune pousse de se différencier significativement. Mais l’économie collaborative permet d’y apporter des solutions, tout en changeant le rapport du consommateur à l’énergie.

Avec ekWateur, le collaboratif peut s’envisager à plusieurs niveaux pour le consommateur :

  • Accès aux dernières technologies d’autoconsommation pour favoriser la production personnelle d’énergie
  • Investissement financier dans la startup (ekWateur a réalisé une levée de fonds auprès des ses clients, grâce à Lumo)
  • Participation rémunérée au Service Avant Vente collaboratif, en répondant par téléphone ou par chat aux questions des futurs clients
  • Organisation de hackathons réunissant des startups innovantes pour mutualiser les connaissances et partager les astuces de chacun

Comment recruter des nouveaux consommateurs ?

Julien Tchernia note certains blocages, assez classiques, pour aller vers des électriciens alternatifs : la prégnance du service public datant de notre histoire après-guerre, ou encore l’impression erronée que tout est encore réglementé, ou la difficulté à quitter un opérateur historique et donc rassurant.

En plus de sa visibilité médiatique, ekWateur recrute donc principalement ses clients grâce au bouche-à-oreille, aux réseaux sociaux et à des ambassadeurs, qui sont des tiers de confiance pour les nouveaux consommateurs.

Comment adapter les outils de microfinance aux énergies renouvelables ?

La startup Lumo a un système de financement inversé : elle s’intéresse aux projets déjà financés, pour remplacer une partie de la dette senior fournie par les banques, ou du capital de projet fournie par le développeur, et le remplacer par des obligations.

Cela permet un investissement très implanté dans les territoires : les investisseurs sont souvent des voisins du projet. Mais on rencontre aussi des personnes qui souhaitent investir leur épargne dans des projets de production d’énergie verte.

Après un intense travail de lobbying pendant deux ans, la startup a pu bénéficier récemment d’un coup de pouce réglementaire : pour les prochains appels d’offre solaire qui sont lancés par la Commission de Régulation de l’Energie (“CRE3”), soit 3GW sur les 3 prochaines années, chaque projet d’énergie renouvelable est incité à inclure un financement participatif local. La startup est donc maintenant en phase de développement important avec de nombreux projets en cours.

Pour accélérer le développement de l’économie collaborative dans le domaine de l’énergie, Alex Raguet évoque la possibilité de mise en place d’incitations fiscales comme au Royaume-Uni, où le crowdfunding est 10 fois plus développé.

Alex a également partagé des informations sur le Solarcoin, un certificat basé sur la technologie blockchain, permettant de valoriser les kwh produits par des installations photovoltaïques. Tout producteur d’énergie solaire peut ainsi générer des Solarcoin, qui seront bientôt valorisables auprès de grandes marques. Pour en savoir plus, RV au prochain BBD !

Ne manquez pas nos prochaine rencontres !

  • Le 15 décembre, Yann Person, CEO de la startup EP (énergie perspective) & Jean-Bernard Sers, Directeur du Développement Smart Grid Smart Cities & IOT de Bouygues Energies et Services viendront aborder le sujet de la transition de l’énergie de l’industrie aux services lors du BBD Energy #4 : L’énergie, industrie ou service ?

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BBD Energy #1… Let’s talk about Energy!

NUMA a récemment lancé les “Business Blind Date”. Ces rendez-vous matinaux ont pour but d’échanger, en petit comité et avec des experts, autour d'enjeux et innovations d’un secteur donné. Après le secteur retail, c’est à celui de l'énergie que nous nous attaquons.

Organisé en partenariat avec ATTOMA, cabinet en innovation et stratégie, et EnAct, une plateforme de communication sur les enjeux liés à l’énergie au quotidien, ce premier petit déjeuner a invité à débattre, en présence d’experts du secteur, des questions de l’énergie aujourd’hui.

Entre nouvelles réglementations, énergies renouvelables, décentralisation de la production, digitalisation et habitudes de consommation qui évoluent, le secteur de l’énergie est en profonde mutation. La chaîne de production est profondément bousculée. Comment les grands groupes peuvent-ils prendre part à cette révolution énergétique ? Comment communiquer sur ces enjeux ?

Le premier événement a rassemblé deux speakers :

  • Patrice Geoffron, Professeur de Sciences Economiques et Directeur du CGEMP (Centre de Géoplitique de l’Energie et des Matières Premières) à l’Université Paris-Dauphine. Expert en économie de l’énergie et du climat, ses travaux portent sur les transformations en cours des systèmes énergétiques (développement des énergies renouvelables, des smart grids et smart cities), ainsi que sur les tensions géopolitiques du monde des hydrocarbures.

Changer de modèle dans l’énergie : de la production de volume à la création de valeur

Arash Aazami part de l’importance de définir ce que nous entendons par “énergie”. Selon lui, l’énergie est la capacité à travailler, produire et créer de la valeur. Nous vivons dans l’économie de l’abondance énergétique, tout en étant bloqués dans une économie de l’énergie qui ne veut pas profiter de cette abondance.

Il présente alors des exemples des difficultés que nous avons à évaluer le réel niveau de consommation, et en particulier de gâchis d’énergie. Ces difficultés d’évaluations créent des biais dans les politiques d’énergie et dans le discours sur la pénurie des ressources énergétiques.
Tant que le business model de l’industrie est fondé sur la quantité d’énergie produite, la situation n’évoluera pas, l’enjeu est donc pour Arash Aazami d’effectuer une transition du volume vers la valeur.

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Au-delà des discussions, la nécessité urgente de disruption

Patrice Geoffron s’accorde lui aussi sur la nécessité de rupture en terme d’énergie : nous aurions seulement deux décennies pour passer dans un modèle avec un faible taux d’émission carbone. En 2009 les émissions de CO2 ont baissé au niveau mondial, mais l’année fut économiquement désastreuse : il y a donc un besoin urgent de disruption. Il s’agit notamment de pouvoir éviter à un certain nombre de pays émergents de passer par l’étape très polluante charbon/fuel, et de se développer en parvenant directement à ce nouveau modèle durable.

Or malgré les discussions sur la question du CO2 depuis 15 ans, l’industrie n’a pas encore fait encore l’objet d’une rupture. Actuellement, le sujet de l’évolution des comportements et l’auto-consommation (pour l’usage de l’électricité au niveau du foyer) crée également une forte appétence. Ce nouveau discours sur l’autonomie de la consommation, avec l’idée de sortie d’un modèle vertical où l’énergie provient de l’Etat et des entreprises d’Etat, serait à l’origine de davantage de ruptures que le discours sur le CO2.

Toutefois ces comportements ne comptent que pour une petite partie de la consommation énergétique (l’énergie électrique ne compte que pour 1% de l’énergie consommée – les transports ou l’habitat étant majoritaires en termes de consommation).

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Les interventions se prolongent par un débat avec les participants, interpellés notamment par le pessimisme des articles de presse que l’on peut lire actuellement sur le sujet environnemental. Mais selon Patrice Geoffron, il ne s’agit pas de baisser les bras mais justement d’agir !

Pour les deux intervenants, une chose est certaine : la transition vers une économie fondée sur les énergies renouvelables n’est pas un choix, elle est inévitable.

Le prochain BBD aura lieu le 17 novembre, sur le thème de l’économie collaborative au service de l’énergie verte, inscrivez-vous !

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