#FounderStories – Adam D’Angelo, fondateur et CEO de Quora

Discrète, confiante dans la qualité de son produit, Quora a pour mission d'accroître et de partager le savoir disponible dans le monde. Reçu chez NUMA pour une Founder Story, son fondateur et CEO Adam D'Angelo, ancien CTO de Facebook, est revenu sur son histoire et a partagé ses réflexions sur l'importance de se donner une mission ambitieuse.

FounderStory NUMA - Adam D'Angelo, CEO de Quora

Les Q&A comme modèle d’acquisition et de diffusion du savoir

Si vous cherchez à connaître la structure chimique d’une molécule, le nombre d’habitants des Philippines, la date de naissance de Marie-Antoinette, de nombreux sites peuvent vous apporter la réponse et le faire rapidement. Le plus connu d’entre eux, Wikipedia – littéralement : du savoir (encyclopédique) rapidement accessible, wiki signifiant vite, en hawaïen – permet ainsi à plusieurs centaines de millions de personnes d’accéder gratuitement, en permanence et où qu’ils soient, à un savoir à peu près sans limite.

Qu’en est-il, pourtant, si vos questions sont plus particulières ? Faut-il garder le subjonctif dans la langue française ? Faut-il mettre de la crème fraîche dans une sauce carbonara ? Est-il plus facile d’être un homme ou une femme ? Pour ces questions et pour tant d’autres, Wikipedia demeure sans voix. Parce sa structure est celle d’une encyclopédie, qui répertorie le savoir établi sur des sujets répertoriés isolément (le subjonctif, le genre, les Philippines, Marie-Antoinette), Wikipedia ne peut répondre aux questions plus imprévisibles ou plus particulières qui forment pourtant la part prépondérante du questionnement humain.

Quora – alias Question or Answer – se donne pour mission de partager et d’accroître le savoir disponible dans le monde en s’appuyant sur le modèle, plus évolutif, plus ludique et plus propice à la construction dialogique du savoir, des Questions et Réponses. Son fondateur et CEO, Adam D’Angelo, résume ainsi la raison d’être du projet :

Unless you know someone around you with an answer to a particular question, most of the time you won’t get that answer. There is plenty of knowledge on the Internet, but there is a lot more in people’s heads. On Quora, you can ask any question you have, and someone else will try to answer it.

Comment savoir si les réponses sont bonnes ?

Le savoir disponible gratuitement sur Internet est aujourd’hui sans limite, avec une seule mais importante réserve : celle de la qualité. Les repères manquent pour évaluer sa véracité, pour distinguer le vrai du faux. Les rumeurs, théories du complot, contre-vérités peuvent ainsi se frayer de larges voies dans un univers où – et fort heureusement – aucune autorité de contrôle ne censure l’expression de centaines, de milliers et millions d’internautes.

Qu’en est-il sur Quora ? Lorsqu’une question est publiée, les Quorans qui savent, pensent savoir, veulent s’exprimer ou simplement proposer une idée sont invités à publier une réponse. En fonction des votes des utilisateurs, ces réponses sont ensuite ordonnées de la plus à la moins pertinente. Les spécialistes d’un sujet pourront ainsi apporter, de deux façons, leur pierre à l’édifice : en votant pour les réponses qui sont justes, ou bien en rédigeant eux-mêmes la réponse qu’ils estiment pertinente.

Mais l’objectivité – si elle est possible – n’est pas toujours la pierre de touche des discussions qui ont lieu sur Quora. Parmi ceux qui répondent, on trouvera savants et ignorants, sceptiques et doctrinaires, romanciers, politiciens, artistes, complotistes, scientifiques, exaltés. Ici comme ailleurs, toutes les voix peuvent s’exprimer et elles peuvent être lues. Si l’équipe de Quora a mis en place différents mécanismes de modération, elle ne cherche pas toutefois – ici encore, heureusement – à contrôler les contenus échangés. L’équipe entend laisser ainsi la part belle à la curiosité, au divertissement et aux incertitudes qui dirigent la recherche du savoir.

We’re totally fine with the idea that some answers which are not scientific can be upvoted and rank first. It is not up to us to decide the criteria which are in use.

Le décentrement de Quora par rapport à l’idéal encyclopédique, celui d’un point de vue universel, est précisément ce qui permet la discussion des questions les plus ouvertes et même parfois les plus originales. Sur la version anglaise, en ligne depuis suffisamment longtemps, on se demandera par exemple s’il est normal de parler tout seul ; si l’amour est une illusion ; ce qui rend un individu singulier ; mais aussi quels sont les points communs entre une souris et un rat, ou encore s’il est théoriquement possible de voyager dans le temps.

Adam D'Angelo chez NUMA

Invité lors d’une Founder Story pour discuter avec les entrepreneurs de NUMA, Adam D’Angelo est revenu sur son parcours.

Qui est Adam D’Angelo ?

Adam D’Angelo a fait ses études secondaires au début des années 2000 à la Phillips Exeter Academy dans le New Hampshire. L’école est l’une des boarding schools les plus élitistes et prestigieuses des Etats-Unis. Elle est surtout connue pour sa pratique d’une pédagogie développée au début du XXème siècle par le philanthrope Edward Harkness, et qui consiste à asseoir les élèves autour d’une table pour qu’ils discutent librement, en limitant autant que possible l’intervention professorale. Au cours de sa scolarité à Exeter, Adam D’Angelo rencontre Mark Zuckerberg

Facebook

Adam D’Angelo rejoint alors Caltech en Californie. Il y développe notamment l’application BuddyZoo qui permet à ses utilisateurs d’uploader leurs contacts AIM (AOL Instant Messenger, l’application de messagerie instantanée la plus populaire à l’époque) et de les comparer aux contacts des autres utilisateurs. Pendant ce temps, Mark Zuckerberg a rejoint Harvard et lancé Facebook en février 2004. Adam d’Angelo est l’un des premiers ingénieurs qu’il pense à associer. Quelques mois plus tard, l’équipe est rassemblée et D’Angelo devient son CTO. Il le demeure pendant près de quatre ans avant de quitter Facebook en 2008 – et de fonder Quora.

Le modèle

Né en Californie, Quora a un luxe que peu de startups françaises peuvent se permettre : développer son produit pendant plusieurs années sans générer aucun revenu ou presque. Discrète, confiante dans la simplicité de ses interfaces, Quora vient de lever 85 millions de dollars, sa quatrième levée de fonds depuis sa création en 2009. L’équipe compte 190 collaborateurs et a développé la meilleure expérience de Q&A qui existe à ce jour.

Le modèle économique sur lequel Quora fonde ses projections est très proche de celui de Google AdWords. Les annonceurs choisissent les Q&A sur lesquelles ils voudraient promouvoir un produit, puis paient Quora pour l’affichage. L’insertion de ces publicités dans l’espace d’une question et de ses réponses permet de capter l’attention des visiteurs au moment opportun. Les annonceurs paient ainsi plus cher, tandis que les utilisateurs ne souffrent pas de publicités intrusives, sans rapport avec leur objet d’intérêt actuel.

More and more people say that business models based on advertisement are broke, but I think it’s misleading. If your product is good enough so that it gets a large audience, then advertising is a good way of making your business grow.

La contenu des annonces, adapté (qualitativement) au texte sur la page, doit détériorer aussi peu que possible l’expérience sur le site.

Quora en français

Quora compte aujourd’hui 190 millions de visiteurs uniques par mois  dans le monde et vient d’introduire une version francophone. 

Inscription iciMerci Adam !

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#FounderStories – Julien Artu, fondateur de MyHospiFriends

Après avoir subi, pendant six mois, l'ennui des hôpitaux, Julien Artu a fondé MyHospiFriends pour permettre aux patients de se rencontrer au sein des hôpitaux en fonction de leurs centres d'intérêt. En pleine conclusion d'un exit prometteur, il est venu partager son expérience et l’histoire de ce premier réseau social hospitalier avec les entrepreneurs de NUMA.

NUMA Founder Story Julien Artu

N’écoutez pas ceux qui veulent vous décourager

Julien Artu a fait l’École Hôtelière. Il a obtenu un Bac en restauration et en cuisine, puis un BTS en management hôtelier. Lorsqu’il a fondé sa toute première startup en 2001, une conciergerie privée pour les pays du Golfe, il s’est heurté au scepticisme de tout son entourage, et même des autres entrepreneurs.

Quand je rencontrais quelqu’un, dans les apéros d’entrepreneurs, on me demandait quelle école j’avais fait. Je répondais : l’école hôtelière, et les gens s’en allaient.

N’accordez jamais trop d’attention aux sceptiques…

Entreprenez à partir de vos expériences personnelles, celles que vous connaissez mieux que les autres

Julien a fondé MyHospiFriends après avoir passé six mois à l’hôpital, suite à un accident de voiture. Alité, incapable de quitter sa chambre d’hôpital, il est convaincu que d’autres patients, autour de lui, pourraient avoir des intérêts communs. C’est parce que Facebook ne lui permet pas de localiser ces patients, et parce que Twitter, LinkedIn, Tinder, qu’il utilise tour à tour, ne le tirent pas non plus de son ennui, qu’il décide de créer le premier réseau social pour patients hospitalisés.

N’attendez pas d’avoir un CTO pour tester vos idées

La première version de MyHospiFriends a été développée par Julien à partir d’un CMS (Content Management System). Son avis :

En sachant utiliser Google, et en apprenant seul, on peut très bien bricoler un réseau social sans être développeur. Si vous attendez un CTO sans avoir testé un premier prototype, le plus souvent, vous n’en trouverez pas !

Le media training peut servir

Un premier passage à la télé en janvier 2013 commence à faire connaître MyHospiFriends.  À cette date, pourtant, le réseau social n’est pas encore lancé. La réticence des centres hospitaliers à adopter une solution qui leur paraît originale a longtemps retardé le lancement de MyHospiFriends. Dans ce contexte, obtenir une visibilité du grand public en passant à la télévision permet d’ouvrir plus rapidement les portes.

Julien Artu Founder Story

Seuls vos utilisateurs comptent

Fin 2014, MyHospiFriends est au bord de la cessation de paiement et Julien hésite à tout arrêter. Ce qui le pousse à continuer ?

L’important, nous dit-il, c’était que ma solution fonctionnait : je n’avais que quelques milliers d’utilisateurs, mais ils aimaient vraiment l’expérience qu’ils avaient.

Merci Julien !

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#FounderStories – Jérôme Ruskin, fondateur et CEO de Usbek & Rica

Fondateur d'Usbek & Rica, "le média qui explore le futur", Jérôme Ruskin dirige aujourd'hui une équipe de vingt salariés, auxquels s'ajoutent une vingtaine de pigistes et graphistes. Dans un secteur, la presse, qui connaît en France de profondes difficultés, le parti pris éditorial d'Usbek & Rica est rare et novateur : proposer un contenu prospectif, qui interroge "le futur proche, le futur lointain, voire le très très long terme". Reçu pour une Founder Story, Jérôme a partagé, avec les entrepreneurs de NUMA, ses réflexions sur la liberté des entrepreneurs et sur la réussite.

Usbek & Rica

Fondé en 2010, Usbek & Rica est un média de réflexion sur les grands enjeux d’avenir et accorde une place essentielle au décryptage de notre nouvelle civilisation numérique. Le projet, imaginé par Jérôme il y a 9 ans, est aujourd’hui l’une des revues les plus lues et crédibles pour comprendre le monde vers lequel nous allons, dans ses enjeux numériques, écologiques, géopolitiques et de société.

Usbek & Rica a réalisé ses premiers bénéfices en 2013, avec 600.000 euros de chiffre d’affaires. Il en a réalisé près de 2 millions en 2016. C’est ainsi l’un des journaux français les plus rentables par rapport à sa taille. Pour ce faire, l’équipe s’appuie sur un modèle qui comporte à la fois un volet grand public (le site internet, le magazine, une box cadeau, des évènements) et un volet corporate.

Nous avons développé une activité de studio pour des marques, pour produire du contenu, mener des études, organiser des workshops et des conférences. On utilise notre savoir-faire, en lien avec notre ligne éditoriale, pour générer plus de revenu.

Est-on libre quand on entreprend ?

Pour beaucoup, la liberté est l’une des principales motivation à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Jérôme coupe court :

La liberté de l’entrepreneur est avant tout un fantasme. Dans les premières années d’une boîte, l’entrepreneuriat implique des verrous très nombreux, et beaucoup plus nombreux qu’ailleurs.

Tenu de rendre des comptes à ses associés, ses investisseurs, ses salariés et ses clients, l’entrepreneur est beaucoup plus contraint qu’un collaborateur en entreprise. Les urgences s’accumulent, les problèmes à résoudre ne sont pas toujours les plus intéressants. Jérôme poursuit :

Quand j’ai fondé Usbek & Rica, qui est un journal d’idées, je pensais que j’aurais du temps pour m’occuper du contenu, pour devenir un grand rédacteur en chef. Aujourd’hui, je m’occupe du développement de la boîte au sens large. J’ai délégué très rapidement le leadership intellectuel parce que je n’avais pas le temps de m’y consacrer entièrement.

Fantasmes

Ce n’est pas la première fois qu’un véritable entrepreneur, reçu lors d’une Founder Story, s’attache à déconstruire les représentations communes de l’entrepreneuriat. Yann Lechelle, notre invité il y a quelques mois, avait mis en question le cliché de l’entrepreneuriat for money’s sake : la plupart des entrepreneurs ne se paient pas pendant de longues années, et ceux qui réussissent vraiment finissent par réinvestir leur argent massivement dans de nouveaux projets. Loïc Le Meur, reçu plus récemment, rappelait le peu d’extravagance des entrepreneurs high-tech dans la Silicon Valley :

La plupart d’entre eux n’ont aucun des signes extérieurs de la richesse. Vous leur donneriez une pièce si vous les croisiez dans la rue.

Jérôme Ruskin s’est attaqué à un autre fantasme : celui du startupper maître de son emploi du temps, libéré des contraintes.

Il y a une dimension de sacrifice. Entreprendre empêche de réussir dans d’autres domaines, et conduit à passer à côté de beaucoup d’autres choses. Il faut en être averti pour le savoir et pour s’y préparer.

Jerome Ruskin NUMA

À quoi ça rime ?

Si elle n’est motivée ni par l’argent, ni par la liberté, à quoi rime donc l’aventure entrepreneuriale ? La liberté, plus fondamentale, de déterminer soi-même le sens et l’ambition de son travail, est la raison la plus profonde. Le travail de l’entrepreneur, difficile et contraint, n’appartient pas à quelqu’un d’autre : il n’est pas aliéné. Le produit de ce travail ne lui est pas, comme dans le salariat, étranger par avance, extérieur par sa destination (le profit, qui n’est pas le sien) et par sa raison d’être. On peut évoquer, en écho, la description du travail aliéné dans les premiers écrits de Marx :

Finalement, l’aliénation du travailleur apparaît en ceci que son travail n’est pas son travail propre, mais le travail d’un autre, en ceci qu’il ne lui appartient pas, qu’en lui il ne s’appartient pas à lui-même, mais appartient à un autre. (Manuscrits de 1844)

La liberté de l’entrepreneur est bien réelle, même si elle a pour prix (et pour paradoxe) une multiplication des contraintes.

5 conseils aux entrepreneurs, par Jérôme Ruskin

#1: Ayez des rituels.

C’est indispensable pour organiser son travail dans la durée. Par exemple, une façon de démarrer la journée, une façon de la conclure.

#2: Sortez du bureau.

Ne travaillez pas toujours au bureau. Travaillez ailleurs, à l’extérieur, où vous réfléchirez différemment et ferez des rencontres inattendues.

#3: Soyez très généreux.

Dans les premières années, j’acceptais quasiment toutes les demandes de rendez-vous. C’est ce qui permet les rencontres et qui donne de l’inspiration.

#4: Ne vous entourez que de gens qui sont meilleurs que vous.

Il faut prendre des gens qui sont meilleurs que vous dans leur domaine, pour exécuter, et il faut toujours assumer leurs erreurs. Le rôle du CEO est d’être là en aiguilleur. Il faut se ménager le temps d’amener le projet sur le coup d’après.

#5: Avancez pas à pas.

Ne cherchez pas à jouer la Ligue des Champions, jouez plutôt la prochaine passe. C’est ce qui permet de bien rentrer dans le match, et ensuite d’avancer !

Merci Jérôme !

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#FounderStories – Yann Lechelle, COO de Snips, membre co-fondateur de France Digitale

Yann Lechelle est un entrepreneur en série, ou plutôt, selon ses propres termes, un "entrepreneur professionnel". Il a créé 4 startups high-tech, toutes revendues. Membre co-fondateur de France Digitale, fortement impliqué dans le développement et dans la promotion de notre écosystème, il est aujourd’hui COO de Snips, startup pionnière en France dans les domaines de l'Intelligence Artificielle, de la compréhension du langage naturel et du Context Awareness. Reçu lors d'une Founder Story, Yann nous a partagé ses réflexions sur l’IA, l'écosystème français et les convergences à saisir.

Yann Lechelle Founder Story

Snips

Co-fondée en 2013 par trois chercheurs français, Snips est sans doute l’une des startups les plus séduisantes et secrètes de tout l’écosystème. Composée en grande majorité par des ingénieurs, développeurs et data scientists, elle a paradoxalement choisi pour devise et mantra : Make technology disappear. Snips anticipe que les objets connectés seront de plus en plus nombreux et que cette inflation créera des frictions multiples, dans les interactions avec les utilisateurs.

Lorsque votre frigo, votre voiture, votre éclairage, votre porte d’entrée seront tous connectés, poursuit Yann, la technologie sera omniprésente et les problèmes de l’interface homme-machine seront considérables. L’Intelligence Artificielle, embarquée dans les objets, pourra faire disparaître entièrement ces frictions. L’IA est la technologie qui fera disparaître la technologie.

Snips veut ainsi permettre aux utilisateurs d’interagir avec les objets connectés de façon naturelle et contextuelle, en utilisant par exemple la voix. L’équipe a levé 5,7 millions d’euros mi-2015 auprès d’investisseurs américains et de Bpifrance.

“La France est un lieu extraordinaire pour entreprendre”

À la pointe de l’innovation dans un domaine (l’IA) dont les géants sont tous américains, Snips aurait pu quitter la France depuis longtemps pour s’installer dans la Silicon Valley. Sur ses 41 employés, pourtant, 38 sont installés en plein coeur de Paris. Yann Lechelle est revenu, avec beaucoup de conviction, sur les raisons de cette implantation.

La France est en train de vivre une véritable explosion de son écosystème.

L’esprit de curiosité et de dialectique des Français, l’excellence des ingénieurs formés par les grandes écoles, sont des atouts dont les entrepreneurs français doivent savoir se saisir pour créer des startups deep tech assises sur des croissances exponentielles et internationales.

La France est un lieu extraordinaire pour entreprendre dans des secteurs fortement innovants. Pour un même niveau de capital injecté, un investissement en France sur de la R&D est trois à quatre fois plus efficace que dans la Silicon Valley.

La raison de cette différence ? Certains dispositifs fiscaux, comme le régime des JEI (Jeunes Entreprises Innovantes) ou comme le CIR (Crédit Impôt Recherche), le coût de la vie et de l’immobilier, les salaires, mais aussi la proximité des talents, la fidélité et la productivité des employés.

L’héritage des premières générations du Web français

La France n’a pourtant pas à son actif les mêmes générations de tech entrepreneurs que les Etats-Unis. Ce “retard” mondial sur la Valley a un effet auto-entretenu. Une hirondelle ne fait pas le printemps, et il est difficile, pour un entrepreneur, d’atteindre le succès sans être soutenu par un écosystème compétent et complet. Membre co-fondateur de France Digitale, mentor chez NUMA Paris, engagé depuis longtemps au premier plan de notre écosystème, Yann insiste cependant sur la maturité de la France à cet égard.

Les générations d’entrepreneurs du Web 1.0 (Jacques-Antoine Granjon, Xavier Niel, Marc Simoncini) et de la vague d’après (Frédéric Mazzella, Jean-Baptiste Rudelle) ont largement ouvert la voie, avec une ambition internationale. La France n’a pas huit générations d’entrepreneurs high-tech comme les Etats-Unis, mais elle en a au moins deux aujourd’hui. C’est le meilleur moment pour entreprendre.

Il ajoute que ces champions de la French Tech continuent de nourrir (abondamment) l’écosystème qu’ils ont aidé à faire éclore.

Certains pensent que les entrepreneurs ne cherchent qu’à s’enrichir. Déjà ceux qui y arrivent sont rarissimes. Au contraire, les entrepreneurs qui chez nous ont le plus de succès dans la tech ont réinvesti, donc redistribué l’essentiel de leur argent, et ils l’ont fait localement, avec une bien meilleure acuité économique et créatrice de valeur que ne pourrait avoir l’Etat à leur place.

Et de rappeler que l’industrie high-tech affiche une croissance très élevée :

Plus de 25% chaque année, alors que le reste de l’économie stagne autour de 1%.

Yann Lechelle NUMA

Identifier des convergences et s’appuyer sur elles

À plusieurs reprises, Yann évoque des convergences. Il y a convergence lorsqu’un projet croise une tendance et s’en nourrit. Ayant lui-même créé une plateforme permettant de déployer des réseaux sociaux à l’âge de 17 ans, avec la technologie du Minitel, Yann cite le cas de Facebook.

Facebook, dans l’esprit, n’était pas un projet inédit. Il y a eu plein d’essais avant Facebook. Ce qui a fait la réussite de Zuckerberg, sans rien enlever à son génie, bien au contraire, c’est qu’il a su saisir une convergence.

Cette convergence entre un projet (créer un réseau social) et un état de la technologie (la connexion très haut débit distribuée partout, et en particulier sur les campus universitaires) est la condition de la réussite des startups à très forte croissance. C’est d’ailleurs le positionnement de Snips. Anticipant sur le développement exponentiel du monde des objets connectés, l’équipe dont Yann est COO est convaincue que seule l’Intelligence Artificielle peut résoudre des problèmes d’interface de plus en plus complexes, jusqu’à peut-être, un jour, “faire disparaître la technologie.

Merci Yann !

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#FounderStories – Axel Dauchez, fondateur de Make.org

Axel Dauchez a fondé Make.org à l'âge de 48 ans, avec l'ambition de rendre le pouvoir aux citoyens. Make.org veut permettre à l'opinion publique de s'exprimer librement et massivement en dehors même des élections. La plateforme, l'un des projets Civitech français les plus aboutis à ce jour, pourrait transformer de fond en comble le fonctionnement de nos démocraties. Dans cette Founder Story, à quelques semaines des élections présidentielles, Axel a partagé ses conseils, son expérience et sa vision.

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Axel Dauchez avant Make.org

Axel Dauchez est bien connu de notre écosystème. Il a monté quatre startups dans les médias et dans la tech, avant d’être CEO de Deezer pendant près de 5 ans. Puis il a pris la tête de Publicis France en septembre 2014, et a co-organisé la conférence Vivatech en novembre 2015. Entrepreneur en série, Axel avait alors 48 ans, 3 enfants, et encore rien à voir (ou presque) avec la Civictech.

La genèse du projet

Fort de la conviction que la démocratie peut être transformée, et qu’elle doit l’être, au risque de dépérir, Axel Dauchez a choisi de quitter Publicis fin 2015 pour recommencer, à partir de zéro, un tout nouveau projet.

Le pêché capital à cet âge-là, nous dit-il en souriant, c’est de ne plus jouer ses cartes.

Il fonde alors Make.org pour rendre aux citoyens leur force de proposition et leur permettre de s’exprimer, massivement, en dehors du temps bien trop restreint des élections.

La démocratie face au retranchement communautaire et aux “bulles de filtrage”

Selon Axel Dauchez, nos espaces politiques sont doublement bloqués, par le bas comme par le haut. En premier lieu, affirme-t-il, les communautarismes et le repli sur les intérêts particuliers détournent l’action politique des sujets relatifs à l’intérêt général. De ce point de vue, rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est que l’apparition des réseaux sociaux a de surcroît encouragé le phénomène des “bulles de filtrage” (filter bubbles), qui appauvrissent le débat en conduisant les utilisateurs de Facebook ou Twitter à un retranchement idéologique dangereux.

Les réseaux sociaux ont un impact immense sur la formation des opinions politiques, mais ils n’encouragent pas, aujourd’hui, un véritable débat contradictoire.

En se déplaçant sur Facebook ou Twitter, la discussion politique court ainsi le risque de devenir stérile, en même temps qu’elle se structure selon une géographie de plus en plus fermée.

Le système d’action traditionnel est bloqué

Bloqué par le bas, l’espace politique l’est aussi par le haut. Le vote ne suffit pas et il ne contente plus.

Le système électoral et législatif n’est plus, ou ne semble plus producteur de changement. Il faut aujourd’hui produire des forces de transformation massives à travers l’implication massive de toutes les forces actives dans la société.

Citant Pierre Rosanvallon, il ajoute que la survie de la démocratie dépend, à notre époque, du sentiment de la démocratie permanente.

La technologie et la démocratie permanente

La technologie est, selon Axel Dauchez, le meilleur moyen de précipiter cette transformation. Un exemple récent apporte d’ailleurs de l’eau à son moulin. La campagne #DeleteUber, dirigée contre Uber après que son CEO, Travis Kalanick, avait coopéré avec le gouvernement Trump, a apporté la démonstration probante du pouvoir politique des utilisateurs lorsque ceux-ci, par l’intermédiaire de la technologie, agissent de façon massive et coordonnée. Axel Dauchez poursuit :

Cette technique de transformation a une force considérable. Le monde digital a créé énormément de pouvoir en bas.

“Make.org peut devenir le lieu où le débat sert à quelque chose”

En permettant aux citoyens de faire des propositions et de débattre de façon contradictoire, en permanence, les uns avec les autres, Make.org veut redonner vie à la démocratie et permettre à des cohortes de citoyen de s’engager dans des actions concrètes. Si le projet réussit, Make.org pourrait bien devenir la plateforme de référence du débat citoyen en Europe. Axel a une formule plus saisissante :

Le modèle à long terme : la vente de l’intelligence d’opinion

Pour soutenir la croissance d’un projet aussi ambitieux, Make.org compte s’appuyer, à long terme, sur un business model proche de celui des instituts de sondage : la vente de l’intelligence d’opinion. Disposant de données lui permettant de cartographier le débat politique en permanence et en temps réel, Make.org pourrait vendre de l’information aux acteurs politiques, mais aussi aux instituts qui étudient le monde politique, ou encore à la presse.

Notre capacité à représenter précisément le débat public nous permettra d’assurer notre indépendance financière, donc aussi notre indépendance tout court

Agir avec les entreprises et au service de l’intérêt général

À court et moyen terme, Make.org entend collaborer avec des grands groupes sur des sujets d’intérêt général, en leur vendant son expertise et ses données.

De plus en plus, les entreprises sont justiciables de la façon dont elles servent la société. Il n’est plus possible pour les grands groupes de faire du business sur un territoire sans rien lui apporter en retour.

Cette responsabilité sociale, dont les entreprises ont pleine conscience, est ce sur quoi Make.org veut s’appuyer pour générer des revenus à court et moyen terme.

Puisqu’on est capables d’identifier les sujets qui préoccupent les citoyens, et qui sont des sujets d’intérêt général, on est aussi capables de travailler avec les grands comptes pour leur permettre d’avoir un impact à grande échelle.

François Expert | Startup Manager chez NUMA Paris.

Merci Axel !

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#FounderStories : Céline Lazorthes, fondatrice et CEO de Leetchi

Reçue lors d'une Founder Story destinée aux startups du programme d'Accélération NUMA, Céline Lazorthes, fondatrice de Leetchi & MANGOPAY, a partagé 5 conseils de réussite aux jeunes entrepreneurs.

Sacrée « personne la plus innovante de l’année » par les Napoléons, Céline Lazorthes est chef d’entreprise, administratrice de Telecom Paris Tech, business angel et conférencière à Sciences Po, HEC et l’ESCP. Sa success story est connue et reconnue : étudiante à HEC, elle fonde Leetchi qui sera rachetée en 2015 au Crédit Mutuel Arkéa pour 50 millions d’euros. Elle dirige aujourd’hui une équipe de 60 salariés pour un volume d’affaires de 200 millions d’euros collectés en 2015 et 400 millions d’euros prévisionnels en 2016.

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Céline Lazorthes, fondatrice de Leetchi
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Les chiffres clé de Leetchi

 

1. “L’entrepreneuriat doit être un socle : être habité par une idée, une conviction profonde”

Le pourquoi a mené Céline : elle voulait absolument régler un problème que beaucoup partagent, celui de la collecte d’argent. Lorsqu’elle a eu cette idée, cela ne l’a plus quittée d’une façon viscérale. Cet objectif l’a porté pour créer son entreprise, aujourd’hui devenue une véritable aventure, et non un projet.

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2. “Une entreprise se fait par rapport à la personne que nous sommes et nos compétences”

Lorsque Céline a commencé Leetchi, elle s’est concentrée sur un focus utilisateur, car c’était son domaine d’expertise. Pour compléter ses compétences, elle s’est plus tard entourée d’un DG et d’un DAF. Un entrepreneur doit savoir qui il est et quelles sont ses compétences afin de pouvoir structurer son entreprise en conséquence. Cela permet in fine d’être suffisamment organisé en interne pour ne pas avoir besoin du CEO en permanence.

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3. “Être attentif permet de suivre les nouvelles tendances d’utilisation de son service”

Vos clients amènent le service dans une direction et il faut être à l’écoute des changements pour s’y adapter et avoir accès à de nouveaux marchés. Leetchi a ainsi évolué : le service qui proposait à l’origine des cagnottes pour les anniversaires ou les week-ends entre amis, s’est étendu à divers événements dont les mariages, mais aussi à des cagnottes solidaires et des projets personnels.

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4. “La qualité principale d’un entrepreneur est la pugnacité : ne jamais prendre non pour réponse”

Il ne faut jamais lâcher un objectif tant qu’on ne l’a pas atteint. Si Céline s’était arrêtée aux dix premiers banquiers démarchés, elle n’aurait jamais réussi Leetchi. Heureusement, le parcours d’un entrepreneur est pavé de nombreux hasards, souvent positifs : son premier partenaire, le Crédit Mutuel Arkéa, est aussi celui qui a racheté Leetchi 5 ans plus tard.

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5. “Sachez vous entourer de personnalités ayant déjà une expérience entrepreneuriale”

Savoir s’entourer fait la force d’un entrepreneur, car personne ne peut prétendre avoir la science infuse et il est vital de bénéficier de regards extérieurs. Il faut s’entourer de gens qui soient capables de donner des feedbacks, tout en étant positifs. Lorsqu’on est entrepreneur, tout demande plus d’argent et de temps.

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Merci Céline !

 

Partagez les 5 conseils de Céline Lazorthes aux jeunes startuppers !

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Si comme Céline, vous croyez en votre startup et voulez tout faire pour lui donner les meilleures chances de réussir, postulez au Programme d’Accélération NUMA !

“Chez NUMA, nous croyons que c’est la qualité du réseau auquel une startup a accès qui fait sa réussite. C’est pour cela que nous faisons particulièrement attention à offrir à nos entrepreneurs un écosystème de qualité nourrit par un réseau international d’alumni, de mentors et d’investisseurs”.

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